Chemin faisant

Il y a quelques semaines, j’ai marché quelques jours sur le Chemin de St Jacques de Compostelle, à partir du Puy en Velay. Pas seul, loin de là : au moins deux à trois cent personnes empruntent cet itinéraire chaque jour, au mois de mai…

Que recherchent-ils donc, tous ceux qui marchent ainsi ? Au fil des jours, j’ai mieux compris ce qu’apporte une telle pérégrination.

Tout d’abord, certainement, un bien être physique, en dépit des petits maux éventuels (fatigue, ampoules, trop chaud ou trop froid selon le climat…). Pour sûr, la dynamisation du corps entraîne aussi un dynamisme intérieur ! Autre élément bénéfique, la vie dans la nature : le chant des oiseaux, la nature éclatante de vie au printemps, le calme… Tout cela provoque un émerveillement, et vitalise en profondeur. La beauté architecturale de bâtiments, au fil des jours, renforce cet émerveillement et cette vitalisation. Et puis, je ne m’y attendais pas à ce point, ce chemin est aussi l’occasion de faire de belles rencontres. Comment ne pas être profondément touché par ce couple qui met toutes ses économies pour acheter et rénover une vieille ferme devant laquelle passe le chemin, pour accueillir chaque soir 8 personnes, logement et repas « en famille », chacun donnant ce qu’il peut, pour cet accueil si généreux ? Ou cette femme de 70 ans qui vient de racheter un restaurant et propose un repas entièrement fait maison, à un prix défiant toute concurrence, juste parce qu’elle aime accueillir et que cela donne sens à sa vie ? Sans compter plusieurs marcheurs rencontrés au fil des jours, qui confient la raison profonde de leur « pèlerinage » … J’ai été étonné de la facilité avec laquelle il est possible de vivre de belles relations avec d’autres « pèlerins », et ce n’est pas la moindre richesse de cette marche. Et puis, ce qui marque également est l’imprévu qui guette chaque pas : le paysage qu’on va découvrir après le virage ou au sommet de la côte, la météo changeante, l’inattendu des rencontres, l’incertitude de l’accueil parfois… Toutes ces petites aventures sont souvent enrichissantes, et font avancer intérieurement.

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Ainsi, l’expression qui m’est venue pour le titre de cet article, « chemin faisant », a pris pour moi un sens nouveau. Cela veut dire « en cours de route », bien sûr. Mais cela peut signifier aussi que le chemin « fait », c’est-à-dire que le chemin accomplit une œuvre en nous, il nous transforme.

Après quelques jours de marche m’est venu un parallèle entre cette expérience de marche itinérante… et un stage PRH (Pas facile d’oublier mon métier !) Dans les deux cas, il y a un itinéraire bien balisé, avec des étapes. Il y a aussi des compagnons de marche avec qui des échanges en profondeur arrivent vite. Il peut y avoir bien des occasions de s’émerveiller dans un stage, entre les prises de conscience sur soi, et les changements qui s’opèrent chez les autres. Des imprévus arrivent aussi, avec les découvertes inattendues qu’on peut faire…  Pas étonnant qu’une partie du vocabulaire PRH rejoigne celui de la pérégrination : ne parle-t-on pas de démarche, de cheminement intérieur, d’avancées significatives, de pas de croissance, de progression, etc. ?

Après cette expérience, je ne peux que me souhaiter, et vous souhaiter aussi, amis lecteurs, ceci :

  • Être un « marcheur », au sens propre comme au sens figuré, car c’est bon pour la santé et c’est dynamisant
  • Être ouvert aux rencontres inopinées, aux échanges en profondeur : autrement dit, vivre beaucoup de relations vitalisantes !
  • Savoir s’émerveiller de tous ces petits riens harmonieux qui peuplent nos vies, et auxquels souvent on ne sait pas accorder leur juste valeur
  • Accueillir l’imprévu de la vie, s’y ouvrir, ne pas s’enfermer dans des routines…

Autrement dit, vivre sa vie comme une marche, n’être jamais installé, mais allant toujours en avant !

Régis Halgand, formateur agréé PRH

7 réflexions sur « Chemin faisant »

  1. Et savoir aussi accueillir le silence !
    Cela aussi demande un apprentissage, dans le monde dominé par le bruit. Cette marche dans le silence me fait penser aux temps d’être PRH, qui me montrent que le silence n’est jamais vide.

  2. Comme il est bon en effet de revenir à ce « chemin faisant » et bien-faisant…où qu’il soit, où qu’il aille, revenir à comment il nous trans-forme… Pour ma part et au-delà des bienfaits nommés par Régis, marcher (1200km sur le sentier douanier breton), avec la « mer toujours recommencée », ce marcher-là, cette mise en mouvement de tout moi, vient « ouvrir » mes canaux de créativité, canaux de « l’intuition »…comme si l’intellect, le moi-je au repos, à l’écoute, peut laisser la place à ce qui jaillit, d’un fond de moi qui devient alors particulièrement accessible et parlant.
    Il me vient jaillissantes, des paroles, pour un livre en cours, des paroles pour telle ou telle personne chère de mon entourage ou que j’accompagne, des « idées » pour créer ceci ou cela, pour avancer vers ceci ou cela…mais peu à peu, même cette forme de jaillissement, elle aussi se tarit, il ne reste alors plus rien d’autre par moments, que le « être là, avec », rien d’autre au fond que cet état bien-faisant de reliance….

  3. Merci Regis pour les photos et ton article. J ai fait un bout de ce chemin et je comprends tout ce que tu dis. Une tendinite m a empêche de marcher cet été et ce est le imprévu de la vie à accueillir et me réjouir de la piscine ouverte tout le été avec peu de monde même si ce ne sont pas les grands espaces de l Aubrac où on se sent si libre. Agnès

  4. En 2010, nous étions partis sur le chemin de St Jacques en couple pour notre voyage de noces… Ce ne fut pas du tout facile, on peut même dire qu’il y a eu de la tempête entre nous, mais avec le recul, ces épreuves traversées furent un vrai cadeau.

    Le dernier soir, nous avions rencontré un Frère Prémontré, à Conques, il avait filé une douce métaphore sur la marche et le couple : vivre l’aventure du mariage, c’est apprendre à adapter son pas à celui de l’autre, c’est parfois accepter de marcher « moins vite » que si on était seul, c’est l’aider à porter son sac, et parfois accepter de se le faire porter… Se laisser dynamiser par sa parole encourageante… Cheminer ensemble, mais aussi respecter une juste distance et les besoins de silence de chacun.

    10 ans après, on reprend la route.
    Le chemin continue…

    Merci Régis ! (et bravo pour tes belles photos)

  5. Bonjour Régis,
    Quelle joie de vous lire…! J’étais moi aussi sur le chemin en aout… Merci pour votre partage que je rejoins..Il me reconnecte à cette paix profonde, cette liberté, cette confiance infinie en la vie ressentis sur le chemin..
    Sur le chemin, votre regard s’est peut être posé sur ce qui disait « Dans le silence et la solitude on n’entends plus que l’essentiel »…
    Tout est dit…

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