Regarder de plus près ce qui distingue l’âme de l’esprit !

Je me suis délectée, tout au long de cet hiver, avec les paroles de François CHENG dans son livre « De l’âme ». A la demande d’une de ses amies qui l’a interrogé sur ce qu’est l’âme, (parce qu’elle en fait l’expérience « sur le tard » dit-elle), François Cheng lui répond en 7 lettres dans lesquelles il tente d’exprimer ce qu’est pour lui l’âme.

Dans la 3° lettre, il tente de distinguer l’âme de l’esprit ainsi que la relation qu’ils entretiennent. Permettez-moi de le citer : « chacun des deux est une entité douée de capacité d’agir…/… l’âme est en nous ce qui nous permet de désirer, de ressentir, de nous émouvoir, de résonner, de conserver mémoire de toute part même enfouie, même inconsciente de notre vécu et, par-dessus tout, de communier par affect ou par amour…/… L’esprit est en nous ce qui nous permet de penser, de raisonner, de concevoir, d’organiser, de réaliser, d’accumuler consciemment les expériences en vue d’un savoir et, par-dessus tout, de communiquer par échange…/…

L’esprit raisonne, l’âme résonne,

L’esprit se meut, l’âme s’émeut,

L’esprit communique, l’âme communie,

L’esprit yang masculin, l’âme yin féminin.

Ces formules nous montrent le lien intime qui unit les deux, tout en montrant ce qui est spécifique à chacun…/… L’esprit implique un apprentissage, une formation, un acquis. Son développement est lié à un environnement culturel, à ses propres activités… L’âme, elle, a quelque chose d’originel, de natif, comportant une dimension inconsciente, insondable pour ainsi dire, qui la relie au mystère même qui à l’origine avait présidé à l’avènement de l’univers vivant. Si l’esprit aide le sujet à prendre conscience de la réalité de son âme, celle-ci recèle un état qui se situe en deçà – à moins que ce ne soit au-delà – du langage. Constituant la part la plus intime, la plus secrète, la plus inexprimable et, dans le même temps, la plus vitale de chaque être, absolument spécifique à lui, elle demeure en lui dès avant sa naissance, cela jusqu’à son dernier souffle, entité irréductible et surtout irremplaçable.

Car là encore, elle incarne un autre mystère : le fait qu’au sein de l’univers vivant, toute vie forme une entité autonome et signe sa présence unique. L’unicité de l’être, cette vérité universelle, s’affirme de façon éclatante chez la personne humaine, et c’est son âme qui en est l’incarnation…/… L’âme est la marque indélébile de l’unicité de chaque personne humaine. L’âme peut être négligée ou mise en sourdine, escamotée voire ignorée par le sujet conscient, elle est là, entière, conservant en elle désir de vie et mémoire de vie, élans et blessures emmêlés, joies et peines confondues…/… L’âme n’est pas seulement la marque de l’unicité de la personne, elle lui assure une unité de fond et par là, une dignité, une valeur, en tant qu’être…/…

Disons qu’au niveau d’un individu, l’esprit est grand et l’âme est essentielle, le rôle de l’esprit est central et celui de l’âme fondamental…/… Au creux de l’être, là où est le berceau ou le gouffre, l’âme assume toutes les conditions tragiques du destin humain.

Nous devons prendre la mesure d’un fait plus qu’émouvant : depuis l’origine, partout où se trouvent les humains, sans savoir ce que les autres en disaient, ils ont murmuré ou proclamé une vérité germée dans le giron de leur intuition. Cette vérité, tout en revêtant des aspects très variés, révèle un contenu étonnamment universel ».

Comment ne pas s’émerveiller devant de telles descriptions rendant compte de l’expérience intime de l’auteur en relation avec son intériorité ? Il exprime en mots très personnels ce qu’à PRH nous nommons « l’être immergé dans la sensibilité » pour l’âme et le « moi-je » pour l’esprit. J’ajoute que ces deux instances ne peuvent s’incarner que dans un corps ! PRH, avec ses mots propres, a décrit ces réalités intérieures constitutives de l’être humain. Quelle perception avons-nous de chacune d’elles ? Quels seraient nos mots pour les dire ? Et quelle place accordons-nous à chacune d’entre elles ? Est-ce que cette conscience nous aide pour piloter notre vie ? La session « Qui suis-je ? » est précieuse pour découvrir ou revisiter chacune des instances de notre personne ! Et prendre le chemin d’une vie meilleure !

Françoise Parmentier, formatrice PRH agréée

15 réflexions sur “ Regarder de plus près ce qui distingue l’âme de l’esprit ! ”

  1. La pensée de Cheng est très intéressante, mais ses sources et son approche diffère de la nôtre… Il me semble que Rochais est ailleurs et ses sources d’inspiration aussi…
    De Rochais on a écrit ceci (André Rochais Fondateur de PRH 1991) :
    « Ce qui le caractérise, c »est son respect de la rencontre de l’homme avec Dieu.Sa part à lui c’était de mettre les gens en contact avec le lieu où, pensait-il, Dieu peut se révéler à eux, s’il le veut et si eux le veulent aussi. C’est à dire le lieu de l’être. »
    Une psychologie de la croissance est indispensable à une vie spirituelle en croissance, écrit Lytta Basset dans « Osons la miséricorde »…Mais « définir » ces lieux et articuler psychologie et spiritualité me semble bien délicat…
    Bien à vous.
    Philippe Maréchal. Belgique.

    1. Bonjour Philippe
      Je ne suis pas sûre de bien comprendre votre questionnement, si ce n’est peut-être que vous vous sentez un peu « dé-routé » par la manière dont FCheng exprime son expérience ( très catholique, donc universelle) du « divin », cette part en nous à l’intime et qui nous dépasse….
      Savez-vous que FC s’est converti au catholicisme et a choisi le prénom de François lors d’une « Rencontre » à Assise?
      Personnellement je ne crois pas qu’André Rochais « se situe ailleurs »que FG…..L’expérience du divin, du re-lié , du sacré est universelle, elle se dit de manière unique en chaque personne unique, avec donc nécessairement des mots uniques, voir même sans mot, juste parfois et pour certains, Avec et dans le Silence (Maître Eckhart).
      Le mot Dieu vient de « dies »en latin qui veut dire jour, là où devient possible de Voir « mille et une choses ».
      L’important n’est-il pas de revenir à notre expérience personnelle ( hors de tout dogmatisme) et de laisser cette Lumière, ce « jour », se nommer avec les mots uniques donnés à chacun?
      Nicole Langlois-Meurinne

    2. Bonjour Philippe

      Merci pour votre commentaire, intéressant !

      Les sources diffèrent entre François Cheng et André Rochais, c’est vrai. Ils ne sont pas issus de la même culture.
      André a décrit les différentes instances de la personne qui ne sont pas des lieux à proprement parlé, mais qui sont ressenties par les personnes dans leur corps à des endroits différents. Une des motivations d’André Rochais est de permettre à la personne de découvrir son être, qui comporte une capacité d’ouverture à une Transcendance. Toute personne peut faire l’expérience, dans son intimité, de la présence de réalités à la fois de même nature que son être, et à la fois éprouvées comme plus grandes qu’elle. « La relation consciente de la personne à ces réalités qui la transcendent, la transforme, un peu comme si elle était entrainée à la fine pointe de son humanisation par l’Absolu. C’est au contact de cette Transcendance reconnue et nommée, que les êtres humains découvrent le sens profond de leur existence et la force pour cheminer vers leur accomplissement ». (extrait de la Personne et sa croissance »).
      La description fine que François Cheng fait de l’âme évoque la réalité de l’être, transcendé.
      Nous observons que cette expérience de la trancendance, perçue au tréfonds de soi est universelle, même si chacun, selon sa culture, sa religion, les valeurs qui sont les siennes peut nommer différemment cette réalité vivante. La personne est libre de s’y ouvrir ou non.

      Articuler psychologie et spiritualité vous semble délicat : les écoles diffèrent à ce sujet. Certaines font la distinction et d’autres allient les deux. C’est le cas de Lytta Basset qui affirme qu’une psychologie de la croissance est indispensable à une vie spirituelle en croissance. PRH se situe dans le créneau de la psycho-pédagogie de la croissance. Dieu rejoint la personne dans sa psychologie, dans son corps à travers ses sens. Il s’adresse à toute la personne.

      Françoise Parmentier

  2. Que ces mots de François Cheng sont beaux ! Comme ils disent bien, avec beaucoup de poésie et de force, cette réalité importante de nos vies ! Merci de nous les partager, Françoise !

    1. Oui, j’ai été très touchée par la finesse avec laquelle François Cheng décrit son expérience de son monde intérieur. C’est tout en nuance, plein de poésie et de justesse et nous éclaire !
      Françoise

  3. Pouvoir se connecter à ce si précieux en nous, aider de notre bel esprit pour le déchiffrer… tout cela nous rend encore plus vivants!!! C’est si bon de voir qu’une part de nous relève de l’universel. Merci pour ce beau et doux témoignage de Vie.

    1. Bonjour Chantal,
      C’est l’intuition qu’André Rochais nous a transmise : cette expérience de la vie de l’être, de l’ouverture, et/ou d’une relation vécue librement à la Transcendance, quelque soit la manière dont la personne la nomme nous met en lien avec tout homme, habité lui aussi de ce Plus Grand que lui. Elle nous incite à respecter toute sa dignité.
      François Cheng le décrit finement avec des mots magnifiques !
      Françoise

  4. Comment oser s’exprimer quand F Cheng nous donne à lire de manière si profonde, si personnelle, si poétique, si claire, son expérience et de l’âme et de l’esprit, aller jusqu’à nommer l’ineffable ?
    Toute l’œuvre et donc la personne de Cheng me touchent personnellement. Mais ce qui m’émerveille et me rejoint tout particulièrement, c’est sa « vision de l’unicité » qui apparaît tant dans ses recueils de poésie, ses romans, ses conférences…..l’unicité du vivant, ce quelque chose « d’originel, de natif », un état « qui se situe en deçà- à moins que ne soit au-delà du langage »…..
    Alors « prendre le chemin d’une vie meilleure » passerait-il par l’écoute et la ré-vélation progressive de notre unicité et de l’unicité de tout ce qui est vivant ? Ecoute de cette voix qui au-delà des raisonnements cherche en nous à résonner, au-delà des rationalisations cherche en nous à communier, à nous émouvoir, à nous re-lier ?
    Quel est mon visage avant ma naissance ?
    Ce koan nous pose la vraie question : comment retrouver notre vrai visage, par-delà ce qui nous a dé-figurés, blessés, par-delà ce qui nous a dé-tournés de notre voix, notre voie et chemin unique ? Chemin qui nous permettrait de vivre et de donner notre part unique, chemin qui nous unifie en même temps qu’il nous rend capable de ressentir notre reliance de fond…et de fait ! Chemin qui nous permettrait d’entrer dans le plein Sens de notre vie ?
    « Tout est signe,
    Tout fait signe,
    Souffle qui passe,
    Fruit qui s’offre,
    Main qui touche,
    Face qui crie :
    « retourne-toi,
    Reprends-toi,
    Reçois tout
    Et fais signe ». F Cheng

    1. Bonjour Nicole,
      Oui, retrouver l’unicité à l’origine de notre vie, pour offrir cette part unique au monde et nous vivre reliés à tout le Vivant : voilà un bel enjeu et de quoi cheminer toute un vie !

      Françoise

  5. Merci Françoise de me permettre de lire cette vision intérieure de l’âme et de l’esprit,expérience personnelle de François Cheng .Je découvre avec intérêt cet auteur…
    Pour vous partager mon expérience, ces illustrations de votre article m’invite à dire :
    « Que ne suis – je devant ces deux vitraux superbes ,afin que mes yeux puissent se noyer dans leur lumière, leur transparence et accéder à l' »oeil  » de mon âme, sens de la contemplation,plongeant dans ces rouges rayonnants ,ces bleus profonds témoignant du surnaturel de ces maîtres -verriers .
    Mon âme, est contemplative de la vie qui m’est donnée, cristal translucide irradié de lumière. ..et quand je me sens dans l’ombre,mon esprit moins performant,mon corps moins tonique ,accéder à la beauté de la création, d’une oeuvre d’art ,du coeur de l’homme m’aide à retoucher à cette lumière intérieure et je me sens dans une « naîveté »retrouvée ,dans le sens ethýmologique du mot « qui naît ,naturel, sans artifice ».

    …la BEAUTÉ. ..

    comme une source

    pour une nouvelle NAISSANCE

    à l’émerveillement !

    Françoise

    1. Oui, Françoise, la Beauté est une vraie Source pour nous permettre de nous émerveiller de La Vie ou pour retrouver le chemin de l’être lorsque nous butons sur des obstacles intérieurs ou extérieurs.
      Ces vitraux sont de Chagall !

      Françoise

  6. « Il exprime en mots très personnels ce qu’à PRH nous nommons « l’être immergé dans la sensibilité » pour l’âme, et le « moi-je » pour l’esprit. »
    Cela résonne en moi !
    Merci.

  7. J’aime vraiment ‘l’âme résonne, l’esprit raisonne’, cela me parle à l’heure où plongée dans l’oeuvre de Maria MOntessori, celle-ci parle d’embryon spirituel et d’enfant dôté d’une âme dont nous devons prendre le plus grand soin, elle qui invite à entrer dans la connaissance qui amène à l’amour de l’environnement…

  8. La pensée de François Cheng dont tu nous parles Françoise me renvoie notamment à ceci : « 1Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. 2La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. ». Cela me fait penser aussi à l’expression « l’âme du monde », utilisée par Frédéric Lenoir comme titre d’un de ses livres. Cela m’amène à réfléchir à la question de savoir le Dieu créateur dont parle la Genèse aurait créé le monde avec son esprit, c’est-à-dire son intelligence, sa volonté, sa liberté, au sens de PRH, ou si son esprit qui planait sur les eaux est aussi son Âme ?

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