La nuit n’est jamais complète

Il arrive des moments de nuit.

Des jours sans espérance.

Des instants de désolation.

Des temps où l’avenir paraît fermé, où la souffrance paraît tout submerger.

L’expérience de tous ceux qui ont traversé ces temps d’épreuve (nous tous ?) est qu’il existe toujours, au cœur de notre être, un souffle de vie, une lueur d’espoir. Elle peut être cachée, mais elle est là.

Souvent, ce souffle de vie est ranimé par une rencontre, un partage, un échange.

L’avoir expérimenté déjà, et le savoir, peut aider à traverser les moments de nuit.

C’est l’expérience du poète Paul Eluard, dans le poème ci-dessous.

Nous le dédions tout particulièrement à ceux d’entre nous, amis lecteurs, qui traversent des moments de nuit.

La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

Paul Éluard

in Derniers poèmes d’amour, Poésie d’abord, Éditions Seghers

Transmis par Régis Halgand, formateur agréé PRH

11 commentaires sur « La nuit n’est jamais complète »

  1. Merci pour ce témoignage, Régis, qui me rejoint dans mon expérience. Je peux témoigner qu’une rencontre bienveillante, la poésie, la musique, l’art sous toutes ses formes, une lecture, peuvent raviver la petite flamme qui couve, cachée dans cette nuit. Et si elle n’apparait pas, il s’agit de croire qu’elle est là, quand bien même elle ne donnerait aucun signe. Se rapprocher de la part qui veut vivre, et qui n’y arrive pas, cela demande du travail intérieur, et un accompagnement pour continuer d’y croire, jusqu’à ce qu’elle apparaisse. Et pour ce qui concerne la souffrance, cette sensation terrible que nous souhaiterions éviter, savoir que d’autres l’éprouvent, ou l’ont éprouvée, et qu’ils ne sont plus complètement plongés dedans, ça ne rend pas plus heureux, mais cela aide à sortir de la sensation d’exclusion, d’échec qui peut en plus ajouter un poids à la souffrance vécue.

  2. Quel beau poème qui exprime si profondément cette manière “d’être au monde”: “ habiter poétiquement le monde”! Garder ce Regard attentif, ouvert, généreux, sur “la Vie à partager”, regard qui re-lie par delà les pertes, les souffrances, par delà notre histoire blessée et ses entraves, par delà les nuits traversées… et à traverser.
    “Voir” n’est-ce pas cela être un Vivant?
    PS:: lire sans ménagement “Le pansement Schubert”!

  3. oui j’ai lu ce poème devant une grande assemblée
    moment lumineux
    oui je vis ces souffrances depuis des années
    trouees de moments de vie

  4. Après avoir longuement écouté mon ado qui traverse une période difficile, confinement, les copains qui sont moins présents, perte d’estime d’elle même, etc… J’ai terminé avec cette phrase : « y’a quand même une bonne nouvelle »
    – « Laquelle ? »
    « C’est que ça ne durera pas toujours » (=son état présent)
    Elle m’a juste dit que ça lui faisait du bien de l’entendre…

  5. Dans la nuit sombre et froide que j’ai traversée il y a quelques années, PRH a justement été cette « fenêtre ouverte et éclairée », cette « main tendue », ces « yeux attentifs » et bienveillants posés sur moi.
    #Gratitude.

  6. Bonjour,
    il y a 30ans ,je l’ai vécu cette période de noir, »le hasard » m’a amener une patiente qui m’a parlé de PRH et c’est comme cela que j’ai commencé à repartir vers la VIE,
    1er stage à Nantes avec Hilaire Babarit ,puis Martine Mangin ,Maguy Masselter …
    depuis la joie ,la paix m’accompagne ,
    merci,merci,merci !

  7. Il arrive aussi que cette lumière vienne sans qu’on la cherche.
    Si l’effort est trop grand quand la douleur terrasse, si tu n’oses même pas te dire que le mieux est possible, alors essaye juste de laisser une petite fenêtre entrebâillée pour que le filet de lumière s’y faufile….il saura te faire signe.

  8. Que c’est judicieux de mettre en regard ces expériences de nuit universelles et ce poème de Paul Éluard. Cela touche à quelque chose de précieux, à une esthétique de la vie !
    Regarder notre monde personnel, notre réel, influe sur nos émotions !
    Parfois, je regarde ou ressens mon réel de façon si étriquée, en mode survie ! La focale de lecture est étroite qu’elle se ternit ! Elle devient sombre et floue, telle une nuit qui a parfois durer des jours entiers voire des mois… Et, il est vrai que parfois j’apercevais une lumière, un éclairage au détour d’une lecture, d’un échange, de l’écoute d’une musique. Et d’autres fois, je cherchais à revivre ces lumières, jusqu’à ouvrir mon horizon, élargir le panorama.
    Avec plus de sécurité, gagnée par cette accumulation de petites lumières et des demandes d’aide et bien la vision panoramique du réel a été possible. Plus colorée, plus ouverte, plus détaillée, plus équilibrée, cela m’a permis d’accepter et de traverser ces nuits avec moins de creux ou des moments douloureux moins longs ou moins douloureux. Ces ambivalences comme cette symbolique  » jour – nuit  » sont interdépendance.

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