Rencontre avec Bénédicte Oriou auteur du livre : « Rassure mes copains » (1)

Les épreuves de la vie nous font parfois toucher à des réalités plus grandes que nous. C’est d’une certaine manière un des messages que Bénédicte Oriou porte dans son livre « Rassure mes copains ». Pouvez nous parlez de ce livre ?

« Rassure mes copains » raconte l’histoire de notre famille, notre histoire avec Brice depuis la déclaration de sa maladie qui l’a conduit à sa mort jusqu’à maintenant. Il témoigne que le bonheur n’est pas une vie sans épreuve mais une vie dans laquelle on choisit d’aimer, même lorsque l’irrémédiable surgit dans l’ordinaire de notre vie.

En février 2011, notre fils, 7 ans, déclare un cancer de la tête, son espérance de vie est de quelques mois. C’est un véritable tsunami. Comment vivre avec un tel verdict et se redresser face à un tel drame ? L’angoisse nous a envahis tout comme notre impuissance face à ce fatal verdict. Peu à peu nous sommes gagnés par une douceur qui mobilise toutes nos énergies pour vivre avec Brice tout ce qu’il est encore possible de vivre.

Ouverts à cette vie toute particulière qui est la sienne, nous nous sommes laissés transformer par son chemin. Il nous a entraînés dans son goût de la vie, tout à fait particulier pour un petit garçon de 7 ans qui très rapidement était plus préoccupé par rassurer ses copains que par ce qu’il allait devenir… Cette préoccupation de Brice, nous nous la sommes appropriée au fur et à mesure des jours, et lorsque Brice meurt en décembre 2011 à la veille de fêter son huitième Noël, nous sommes mus par cette dynamique qui nous pousse à prendre soin de tous ceux que sa mort affecte, persuadés de lui avoir permis de vivre le meilleur, tel un accomplissement alors même que sa vie n’était pas celle que nous avions rêvée pour lui.

Comment avez-vous traversé cette très douloureuse épreuve ?

Rien ne nous préparait plus que d’autres à affronter et traverser une telle épreuve. Tous les visages que nous avons croisés à l’hôpital l’attestent : la maladie, tout comme la mort s’insinuent sournoisement dans la vie, et ne fait aucune distinction entre riches ou pauvres, croyants ou athées, bons ou mauvais, sans aucune justice…. Elle est odieuse. Nous avons vécu l’instant présent. Accompagner Brice sur ce chemin a été à la fois l’assurer de notre amour infini, mais aussi être à l’affût de comment la vie travaillait en lui et lui donner les ressources pour faire face à la maladie et à la mort.

Dès la déclaration de la maladie de Brice nous avons été portés. Beaucoup de personnes prient, pensent à nous et nous proposent leur aide témoignant de cette profonde fraternité lorsqu’une épreuve surgit.

Peu à peu je quitte mon abasourdissement, mes révoltes, mes sensations d’injustice pour m’ouvrir à cette sensation fine d’immense douceur, voulant le meilleur pour la vie de Brice. Tout est ordonné à entourer Brice sans que j’en sois à l’origine. J’ai juste à contribuer à diffuser ce parfum, me mettre au service de ce que Brice souhaite, de l’attendre, de l’espérer dans ce parcours que je n’ai pas souhaité pour lui.

Comment avez-vous accompagné Brice vers cette issue inéluctable ?

Être fidèle à cette douceur qui nous envahit, nous a conduit à l’aimer, sur cet impossible chemin, en nous mettant à son école. Notre petit garçon était un vivant, un espiègle. Nous avons cherché intuitivement le meilleur pour lui. Avec recul, je peux dire que nous l’avons aidé à vivre  son dynamisme de vie, celui de son être, ce gisement de potentialités plein de promesses en lui.

Nous avons tout mis en œuvre pour dédramatiser ce passage de sa mort, pour lui offrir une espérance concrète sans angélisme mais avec réalisme, dignité et humanité. Il n’a été économisé ni de la souffrance, ni de l’injustice.

Certains décrivent mon livre comme un hymne à la vie. En accompagnant Brice dans le chemin de la maladie, je me suis mise à l’écoute de la vie, à l’écoute de vivre tout ce qu’il était encore possible de vivre, voulant rendre hommage à tout ce qu’il nous apportait, voulant l’ouvrir aussi à l’expérience d’une transcendance qui lui permettrait de dédramatiser la mort.

Cet accompagnement de Brice, de nos filles, de notre entourage a fortifié mon aspiration à me mettre au service de cette bienveillance qui nous visite même lorsque l’irrémédiable surgit dans notre quotidien.

Propos recueillis par Philippe Charrier formateur agréé PRH

NB : l’expérience de Bénédicte Oriou, retracée dans le livre « Rassure mes copains » fait référence à un lien à la transcendance dans sa culture chrétienne.

4 réflexions sur “ Rencontre avec Bénédicte Oriou auteur du livre : « Rassure mes copains » (1) ”

  1. Merci de ce beau témoignage qui me donne le goût d’aller vers la vie de tous ces enfants hospitalisés que je rencontre sur mon chemin de part mon métier.

  2. Merci Philippe pour ce bouleversant témoignage de Vie.
    Cela résonne en moi dans une invitation puissante à laisser vivre et s’incarner davantage cette Douceur de fond, qui comme en chacun de nous, m’habite. Au delà des agacements, des énervements, des déceptions que l’autre peut parfois me réveiller, pouvoir laisser grandir cette émerveillement bienveillant face à ce qu’offre sa vie, sa présence, son élan, son jaillissement plus ou moins apparent, entrer ainsi dans chaque cadeau du moment présent…sans attendre qu’il soit malade…ou parti!
    Puissions-nous pour 2017 nous laisser re-joindre par cette Douceur ineffable qui témoigne en Silence,de l’immanente transcendance.
    Nicole Langlois-Meurinne.

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