Choisir d’orienter son regard

Il a commencé à neiger dans la soirée hier. En région parisienne, ce n’est pas si courant, et je le vis chaque fois comme un événement.

Comment est ce que je vis cet événement ?

La 1ère sensation, c’est un enchantement d’enfant, mêlé d’un émerveillement devant la « magie » de voir la pluie s’épaissir en neige. Cette « transmutation » des gouttes de pluie en flocons de neige me plonge dans une sensation particulière, qui va au-delà de moi, que je ressens comme me «dépassant», même si cette sensation est délicate, pas massive, pas imposante. Mais elle contient une intelligence plus vaste que moi. Ce matin, en me centrant sur cette sensation, cela m’emmène dans une contemplation de l’ingéniosité de la nature, des lois physiques, de l’agencement des molécules… Je me sens faire partie d’un ordre naturel qui me dépasse, et cela éveille un infini respect en moi. Respect, et conscience de faire partie de cette nature. Je me sens peu à peu gagnée par une sensation de gratitude, de sérénité, d’intensité heureuse et douce, d’élargissement de mon socle, de ma sensation d’être. Moi, aussi, je suis mue par des lois de la nature, et je participe à cet agencement naturel de la vie.

Mais hier soir, je ne m’y étais pas attardée. Cette sensation est bien apparue, mais je l’ai laissée s’effacer, je n’y ai pas accordé d’importance. Ce qui primait, c’était la déception de renoncer à notre répétition de chorale à cause des risques sur la route, et avec la sensation de devoir prendre soin de ma fatigue, déception à peine compensée par le fait que la chorale a été finalement annulée pour tout le groupe. C’était frustrant et je me sentais triste de ne pas pouvoir chanter avec les autres. Chercher l’harmonie ensemble, c’est très vitalisant pour moi, et y renoncer, cela me rendait triste. Ensuite, je prévoyais de me déplacer le lendemain, et c’est ma frilosité, mon regard centré sur ma fatigue d’hiver, et sur les inconvénients de la neige, qui avait tendance à envahir mon état intérieur. Celles que je nomme les sensations « grises » avaient pris le dessus : peur des glissades, du froid, désagréments de la boue sale qui ne manque pas de s’installer dès qu’il y a du passage. Je me suis couchée d’humeur plutôt morose.

Et puis, ce matin, grâce à l’intervention facétieuse de mon mari, je me sens invitée à orienter mon regard autrement : Je découvre le lavabo rempli de neige. Invitation à jouer, à rire ! Toucher la neige, faire des boules de neige dans la salle de bains, en pyjama, avant que tout fonde.

Je regarde la terrasse, et je m’amuse à voir les traces de glissade du chat sur la neige. Je pars à sa recherche, et je le retrouve en haut d’un toit, pas du tout rebuté par le froid, en pleine observation.

 

 

 

 

Je regarde le jardin, et j’admire la vigueur de ces pousses qui commencent déjà à éclore, même si le printemps n’est pas encore arrivé. Cela me rebranche sur ma vitalité, mon dynamisme, mon goût pour la lumière et la vie dont j’aime à ressentir la sève.

Cette chiquenaude du regard enjoué de mon mari a bougé mon regard. J’avais la tête un peu trop tournée du côté des inconvénients, des « galères » parfois un peu trop anticipées, sur lesquelles j’avais tendance à m’appesantir. Et pourtant, si j’ouvre mon regard, je vois d’autres sensations à explorer, qui m’ouvrent à la vie, et à choisir la vie.

Alors, oui, tout à l’heure, je pataugerai dans la boue et je mouillerai mes chaussures, mais je suis branchée ailleurs, je suis branchée sur la joie de découvrir du beau, tout simplement, accessible si je n’oublie pas de m’ouvrir à tout. Et je choisis de donner de la considération à toutes mes sensations, afin de n’oublier aucune des couleurs de ma vie.

Pour aller plus loin dans cet apprentissage de « choisir d’orienter son regard », découvrez le stage « à l’écoute de mon monde intérieur ». Une méthode efficace pour mieux se connaître et libérer ses forces de croissance, en apprenant à orienter son regard, en déchiffrant plus en profondeur ce qu’il y a derrière notre ressenti initial.

Anne Tricault, formatrice agréée PRH

7 réflexions sur « Choisir d’orienter son regard »

  1. Que c’est précieux de se laisser interpeller par autrui. Cela peut nous rebrancher sur des sensations vitalisantes, essentielles. Félicitations à ce mari qui ouvre le regard de son épouse, et qui lui permet de nous partager cette belle expérience : quelle belle équipe. Bravo et merci.

  2. La neige fait sentir le froid mais quand on choisit d’orienter son regard il apporte de la chaleur.Voilà, ce que je ressens en lisant ton article. Belle  » Transmutation » à poursuivre … Merci Anne pour le partage de tes sensations.

  3. Tout est une question de regard, en effet, et puis « choisir la vie », ce côté acteur venant de soi, ça me parle ! Merci Anne pour l’émerveillement, le regard, le choix, la vie !!!

  4. tellement juste… et bon ! ce matin je choisis de me vitaliser à cet article qui nourrit en moi ce désir d’accueillir tout et pas seulement la grisaille des jours, les frustrations, les agacements… ouvrir, élargir et orienter mon regard. Merci Anne pour ce partage et merci à la chaine vitalisante dont tu t’es faite le maillon conducteur

  5. Ce samedi face à la forêt pas de neige: mais tandis que je dégustais mon café en écoutant Chopin, déboulèrent au galop quatre chevreuils : deux s’arretent planter là et regardant la maison, restent un long moment , avec moi, à écouter !?
    Quelle merveille! Les chevreuils, Chopin, les chevreuils et moi même à l’écoute de Chopin!
    En effet: déjà miracle que d’exister, que quelque chose soit plutôt que rien, mais que ce « quelque chose existant » soit capable d’émerveillement, émerveillement de l’émerveillement ! Comment cela se peut-il ? D’où cela vient-il ?
    Alors l’intellect, le moi-je , qui n’aime pas rester sans « réponse », est tenté de mettre rapidement une explication, donner un nom….par habitude, culture, conviction, expérience….
    Mais à la manière d’un haïku pourquoi ne pas demeurer là avec la question, avec l’émerveillement de l’emerveillement, comme en suspens, en arrêt contemplatif, tel Silesius
    « La rose est sans pourquoi… », ou encore avec le vers célèbre « a rose is a rose, is a rose, is a rose »….?
    Merci Anne d’attirer notre attention sur la puissance contemplative du Regard émerveillé.

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