L’enjeu du couple : aimer et être libre

Rencontre avec Hélène Roubeix

La psychothérapeute Hélène Roubeix, fondatrice et directrice de l’école de PNL humaniste, a publié  un livre consacré à l’évolution du couple : « De la dépendance amoureuse à la liberté d’aimer ». Elle nous présente les différentes phases de la relation amoureuse.

 « La première étape de la relation amoureuse est souvent fusionnelle. On a envie d’être tout le temps ensemble, c’est une période d’attirance affective et sexuelle forte, naturelle pour tous les couples, et qu’il ne faut pas confondre avec la passion (cf. NB).

Quand on tombe amoureux, on projette inconsciemment sur l’autre le désir qu’il comble notre vide intérieur. On attend de lui l’amour total, le respect, la bienveillance, la reconnaissance ou la protection qui nous ont manqués dans notre histoire personnelle. Plus ces manques sont importants plus la dépendance risque de s’installer. »

A quoi se reconnaît la dépendance ?

« A des comportements de soumission/domination : j’attends de l’autre qu’il s’occupe de moi, me prenne en charge, me protège… Pour obtenir cela, je vais me soumettre à ses désirs, à ses besoins, à ses valeurs. Ou au contraire, j’ai besoin de faire pour l’autre, de le prendre en charge. Pour lui faire du bien, pour lui faire plaisir, mais c’est une position de pouvoir qui l’empêche d’exister par lui-même. C’est cette confusion entre amour et dépendance qu’il est intéressant de repérer et de souligner. »

Comment cet état peut-il prendre fin ?

« En comprenant la différence entre le niveau conscient (je crois que j’aime l’autre pour qui il est, que je le respecte) et le niveau inconscient (j’aime l’autre parce que j’en ai besoin) : quel est au fond le besoin de chacun, quels sont les enjeux cachés du couple ?

Chacun doit pouvoir construire son identité indépendamment de l’autre. C’est long, ça peut prendre plusieurs années. Plus la fusion est forte, plus elle a duré longtemps, et plus en sortir sera difficile, peut-être même violent.

C’est ce qu’on appelle la contre dépendance, phase de développement normale pour l’individu, mais souvent douloureuse pour le couple : perte du désir ou des sentiments, affrontements, conflits, parfois aussi violence psychologique…

On veut quitter l’autre ou avoir des relations extra conjugales pour sortir de cet enfermement, de cette sensation d’étouffer, on veut partir parce qu’on a besoin de liberté, de vivre sa vie.

De nombreux couples rompent à ce moment-là. C’est dommage parce que cette phase ne veut pas du tout dire que c’est la fin du couple, c’est simplement une étape de croissance. Etape constructive, mais qui reste très adolescente, enfantine. On a besoin de se détacher, de s’autonomiser, mais ce n’est pas encore la véritable autonomie. »

Comment faire alors pour maintenir le couple ?

« Il faut prendre le temps, se faire aider, et surtout de ne pas prendre de décision trop rapide de divorce ou de fuite avec un(e) autre.

La séparation temporaire peut être une solution, car celui qui veut partir a parfois besoin d’aller réellement vivre son aventure pour se rendre compte, en définitive, que ce n’était qu’une illusion.

Mais si le couple est cassé, c’est plus difficile de revenir…

Chacun va passer plus de temps en dehors de la maison, avec ses propres amis et projets, exister davantage pour lui-même. On arrive alors à la troisième phase, l’indépendance : chacun vit sa vie. Du coup il y a moins de lien dans le couple, on n’a plus tellement le temps de se voir, on est très occupé par plein d’autres choses. »

C’est délicat à gérer.

« Oui, car on peut croire alors qu’il n’y a plus d’amour. Ne restent que la façade sociale, les enfants… Ça peut mettre fin au couple, mais si on a tenu jusque-là, ça vaut le coup de continuer car c’est une phase positive, où l’amour se transforme, prend de la maturité.

C’est le moment de retravailler sur la relation de couple : faire des séminaires, envisager des projets communs… »

A condition d’en avoir envie…

« Bien sûr ! Mais on est alors prêt à passer à la quatrième étape qui est l’interdépendance : chacun ayant construit son identité, n’attend plus de l’autre qu’il le reconnaisse ou le protège, car ça, il se le donne à lui-même et il le reçoit de la vie. Ça ne veut pas dire qu’on ne s’aime pas, au contraire, on arrive là au véritable amour, gratuit, indépendant, on entre vraiment dans la liberté du couple. On peut en même temps aimer et être libre. »

Qu’est-ce qui justifie alors qu’on reste encore ensemble, si chacun est arrivé à être heureux par lui-même ?

« C’est l’amour qu’on a pour l’autre : c’est un amour totalement renouvelé, on voit l’autre avec d’autres yeux, dans l’acceptation de qui il est, avec plus de tolérance et un profond respect. On n’est plus dans l’illusion mais dans la réalité de la relation avec quelqu’un qui n’est pas parfait mais dont le rôle n’est plus de nous protéger ou nous aimer comme un enfant. C’est ça la distinction entre l’amour mature et l’amour enfantin.

En conclusion, il est important de bien être conscient que le développement du couple se fait dans le temps, ce n’est pas parce qu’il y a une crise ou une relation extra conjugale que c’est fini. »

Propos recueillis par Christophe de Bourmont

NB : Fusion ou passion ?

Selon Hélène Roubeix, « dans la passion, on n’est plus soi-même, on se perd. C’est l’inverse de l’amour, c’est de la dépendance à l’état pur. C’est une illusion très forte, caractérisée par le « tout, tout de suite », l’excès, le désir de posséder l’autre et d’être possédé par lui. Or la littérature, le cinéma, la chanson nous disent que la passion c’est formidable, tout le monde en rêve … En réalité, la passion finit toujours par la destruction psychologique et parfois physique de la personne. »

Pour PRH, la fusion, qui est un gommage de sa personnalité dans celle de l’autre, est une composante de la passion. Mais elle peut également être une étape dans une relation d’amour qui se construit et va évoluer vers l’autonomie des partenaires.

Extrait de la lettre PRH n° 38 « l’enjeu du couple: aimer et être libre »

3 réflexions sur « L’enjeu du couple : aimer et être libre »

  1. « Va vers toi même mon bien aimé « …
    Ce qui voudrait dire , comme dans l’interview,
    « n’oublie pas d’apprendre d’abord à te rencontrer toi même, te co-naître , t’habiter, jusqu’à t’aimer suffisamment pour décider de te libérer de tes enfermements, de ceux qui empêchent ta Vie d’origine de jaillir librement dans sa pleine unicité.
    Alors oui dé-faire ton image négative, traverser tes manques, tes peurs, tes cris et tes pleurs, lâcher les contrôles sur toi et sur l’autre, dé-fusionner, sortir de cette con-fusion faussement sécurisante de toi en l’autre, autant de mécanismes dont l’intelligence t’a permis de sur-vivre mais qui dans l’adulte d’aujourd’hui sont des freins puissants, encombrant, fuites de toi qui t’éloignent et te privent un peu plus de la vraie rencontre.
    Accueille alors « le bien-aimé »dans son altérité, sa différence, son « autreté », regard d’émerveillement, Regard qui ré-vèle la Beauté d’un « celui » tel qu’il EST et non tel que tu rêves qu’il soit. »
    Nicole Langlois-Meurinne

  2. Bien dit, je suis completement d’accord apres avoir accompagne des couples pendant 36 ans… et d’avoir vecu en couple pendant 37 ans… Merci!

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