Et si je changeais de boulot ?

dur réveilPropos entendus…

Depuis six mois, j’ai du mal à me lever le matin… pour aller au boulot ! Oh, ça a commencé doucement, sans que je m’en aperçoive vraiment. Il faut dire que ce boulot, je l’ai obtenu à la force du poignet, après 10 années d’efforts pour montrer à mes supérieurs que j’étais l’homme de la situation pour prendre le poste de responsable de la zone import Asie du Sud Est. Évidemment, il a fallu que j’avale quelques couleuvres avec ce chef qui avait toujours besoin de s’approprier MES réussites pour se faire valoir auprès de la direction ! Mais j’ai eu raison d’attendre : quand Dupont est parti, c’est bien à moi qu’on a proposé le poste. Pendant 3 ans et demi, ça a été super : je me suis défoncé pour augmenter de 10% par an la marge brute sur ma gamme de produits, j’ai été nominé 3 fois dans la liste des meilleurs cadres de l’entreprise (bon, toujours coiffé au poteau par ce bandit de Durand qui n’arrête pas de lécher les bottes du big boss !), mon salaire a augmenté, j’ai acheté une mini à ma femme (elle était folle de joie !) et j’ai vraiment cru qu’à 40 ans j’avais réussi ma vie professionnelle. Il faut dire que papa m’avait assez répété que je ne ferais jamais rien de bon !

Et c’est là que ça a commencé… je suis sorti de la liste des nominés (oh, je suis resté dans le top ten un bon moment, mais depuis 3 mois, j’ai décroché), mon patron m’a mis un « C » (résultats partiellement atteints) lors de mon entretien annuel, j’ai eu de moins en moins envie d’aller boire un coup avec mes collègues accros du boulot en sortant le soir (il faut bien se détendre un peu, non ?) boulot 2et surtout, surtout, j’ai commencé à sentir quelque chose de lourd me peser sur l’estomac le matin au moment de partir au boulot : une lassitude, le sentiment d’être bien loin de donner le meilleur de moi, une espèce de vide, de non-sens qui a grandi au fil des semaines. Même le dernier concours interne sur la réduction des coûts m’a laissé froid !

J’en suis à me demander si je ne fais pas une sorte de déprime… ?

Pourtant, ça n’y ressemble pas : j’ai toujours plein d’énergie quand j’emmène mon fils à la piscine et qu’on fait les fous dans le grand bain (c’est vrai que j’ai plus de temps depuis que je ne vais plus boire un coup avec les copains…), j’ai commencé à faire partie d’un groupe de développement personnel et je découvre que j’aime ces relations vraies où je peux poser le masque et arrêter de vouloir paraître le meilleur, et puis surtout, surtout, j’ai découvert que j’adorais transmettre ce que j’ai appris depuis 20 ans  que je fais ce métier. Depuis un an, je forme les jeunes  apprentis qu’on a embauchés dans ma boîte. Personne ne voulait le faiboulot 1re (« ça prend du temps de former, on n’est plus aussi productifs ! »), mais moi, ça m’a tout de suite tenté. Je l’ai dit à mon patron et depuis, trois fois par semaine, je fais les entretiens de tutorat avec eux. Un vrai bonheur ! J’aime les écouter, voir leur progrès, leur donner mes tuyaux et j’ai bien vu que j’avais la patience et la disponibilité pour les aider. Même Rachid qui a plus de mal que les autres a fait de sacrés progrès depuis 3 semaines ! Bien sûr, cela ne représente que quelques heures dans ma semaine, mais ça change mes journées ! Même ma femme le remarque le soir quand je rentre du boulot (d’ailleurs, on a revendu la mini, elle s’est rendu compte qu’elle adorait faire du vélo !).

Évidemment, le reste du boulot est devenu de plus en plus « incompatible » ! D’où le mal que j’ai à me lever le matin… Heureusement qu’il y a les apprentis ! Quelquefois, je me dis que je suis sûrement plus fait pour faire de la formation, que je pourrais préparer un diplôme de formateur pour adultes en congé individuel de formation. Evidemment, ça paye moins bien qu’un boulot dans l’import ! Dans mon groupe de développement personnel, j’ai un collègue, Benoît, qui a changé de boulot du tout au tout, ça me fait envie… Je crois que j’en ai même de plus en plus envie ! Je vais demander à faire un bilan de compétences pour vérifier que c’est le bon choix et le bon moment ! Finalement, cette sensation de vide, de non-sens, cette lourdeur sur l’estomac, tout cela avait quelque chose à me dire ! Et si c’était le début d’une nouvelle vie ?

Jean-Michel Anot, formateur agréé PRH

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2 réflexions sur “ Et si je changeais de boulot ? ”

  1. Changer de boulot, c’est ce qui m’est arrivé de meilleur, il n’y a pas loin de 20 ans !
    Je reconnais les signes de lassitude décrits : plus d’envie d’y aller, et pendant le temps de travail, les heures qui défilent lentement et les pieds qui traînent.
    En fait, je n’étais pas à ma place, j’étais rentrée dans cette branche par défaut.
    Malgré tout, j’avais un patron sympa qui a facilité des temps de formation, ce qui a permis une réorientation complète. Je pourrais prendre ma retraite prochainement mais j’ai pris la décision de travailler jusqu’à 64 ans, car je suis passionnée par ce que je fais.
    Quand je repense à cette période de changement, je me rappelle de mon dynamisme et aussi de la sensation de risque, car j’allais passer de salariée à travailleur indépendant. Et la mise en route d’un nouveau métier à 40 ans m’a demandé pas mal de travail. Mais j’ai assumé car l’ennui est pire que tout pour moi et la sensation de pouvoir donner le meilleur de moi était très motivant.
    Je ne l’ai pas regretté !
    Agnès Robillard

  2. Changer de boulot, oui, et il y a aussi tous ceux qui ne peuvent pas soit parce qu’ils n’en n’ont ni les moyens financiers,ni les compétences; il y aussi ceux qui aimeraient bien avoir le choix mais qui ne l’ont pas soit parce qu’ils n’ont pas de boulot et accepteront tout travail pourvu que cela fasse vivre leur famille et ceux à qui on demande, oh toujours très poliment, d’aller chercher ailleurs car ils « ne correspondent pas au profil » ou « ne sont plus opérationnels » ou « ne répondent plus aux critères de production » etc, toute cette langue de bois pour se débarrasser des « gêneurs », des « empêcheurs de tourner en rond », de ceux qui ne rentrent pas dans le moule; alors, oui, chouette pour ceux à qui il est encore possible de choisir; sachant que certains n’ont pas ou plus le choix.
    je rêve alors que tout élève ou tout étudiant soit formé à mieux se connaître pour choisir ce qui lui correspond le mieux et apporter ce qu’il a à apporter à la société des hommes; qu’il puisse avoir tout au long de sa vie cette liberté de choix…
    je me prends à rêver de la session »Qui suis-je? » dans le programme scolaire.., de notre formation accessible à tous.

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