« Lorsqu’on est à sa place, c’est là qu’on porte le plus de fruits. »

EvelyneAprès une carrière bien remplie Evelyne vient tout juste de prendre sa retraite. Cadre dans l’action sociale, elle a aussi été, un temps, formatrice PRH.

Elle témoigne : « lorsqu’on est à sa place, c’est là qu’on porte le plus de fruits. »

 Evelyne, ton parcours professionnel est très lié à ton cheminement PRH, peux-tu nous dire comment cela a commencé ?

Oui, j’ai rencontré PRH par mon travail, en 1977. J’étais jeune professionnelle, salariée depuis trois ans par le service social des armées et il m’a été proposé un cycle de formation à la relation d’aide. J’étais très partante car la relation d’aide était vraiment au cœur de mon métier d’assistante sociale. En découvrant PRH je m’y suis tout de suite retrouvée : la vision de l’homme, le système explicatif de la personne, je découvrais des clefs pour me connaître, pour me comprendre, c’était du solide, c’était du sérieux. Je me suis engagée dans la formation au-delà de ce qui était demandé par mon employeur, je faisais les sessions prévues, plus d’autres à coté pour moi.

A un moment tu as voulu aller plus loin avec PRH, et devenir formatrice, comment ça s’est passé pour toi?

En même temps que j’avançais dans la formation et que je grandissais, grandissait mon amour de l’outil PRH. C’était tellement important pour moi cet outil, il pouvait être tellement important pour d’autres, je brûlais de le faire découvrir à plein de gens. C’est par là que m’est venu le projet d’être formatrice, être entièrement engagée dans PRH c’était l’idéal pour le faire connaître !

Le chemin pour y arriver a été long et exigeant, lorsque je me suis sentie prête j’ai quitté mon travail à temps plein pour un poste à mi-temps. J’ai exercé ainsi quatre ans à mi-temps à PRH et à mi-temps comme assistante sociale. Puis je me suis lancée comme formatrice à plein temps. J’aimais beaucoup animer les sessions, ma passion pour l’outil PRH était toujours très moteur en moi.

A chaque étape de ce parcours mes intuitions avaient été confirmées par l’équipe des cadres, j’ai avancé vraiment en confiance, soutenues par eux. Et j’ai pris ma place au sein du groupe de formateurs que j’aimais beaucoup.

Et là, après quelques années tu as vécu une importante remise en question…

Ah ça oui !… un jour un cadre de l’équipe de formation m’a dit ‘’je te sens triste depuis que tu es à plein temps à PRH’’, et en moi j’ai entendu : ‘’c’est vrai’’. J’avais trop le goût de la vérité pour passer à côté, j’avais à chercher ce qui me rendait triste. Etait-ce le manque de public ? L’insécurité financière ? (passer de fonctionnaire à travailleur indépendant ce n’était pas facile…) Ou est-ce que, finalement, je n’étais pas à ma place ? J’ai pris une année de discernement, les choses se sont éclaircies en moi, petit à petit.

Et tu as compris quoi de ce que tu vivais ?

En fait ce qui m’animait avant d’être formatrice, c’était : rejoindre ‘’tout le monde’’ avec PRH. Une fois formatrice, ce n’est pas ‘’tout le monde’’ qui venait à moi, c’était des personnes qui avaient fait la démarche de venir, qui se questionnaient, qui étaient motivées… Les gens ‘’ordinaires’’ qui étaient à mille lieux de PRH, je ne les rencontrais plus, j’étais comme coupée de ces gens-là et il me manquait d’être en lien avec eux.

Je pourrais le dire autrement, il me manquait d’être ‘’sur le terrain’’. Les sessions PRH, comme le dit André Rochais, sont des ‘’îlots culturels’’, et moi je n’étais pas faite pour ça, j’étais faite pour le plein champ, pour le plein vent. Je n’étais pas au bon endroit et je ne pouvais pas y donner ma pleine mesure. J’avais, pour une part, projeté un idéal.

Après tout ce temps et cet investissement de ta vie dans ton agir PRH, comment  as tu pu changer à nouveau ? C’est difficile de tout remettre en question.

Oui, ça a été très dur. Les exigences de l’être peuvent être coûteuses sur le plan de la sensibilité, et ça l’a été pour moi de quitter l’animation et le groupe des formateurs, oui, ça a été vraiment difficile. Mais si je voulais être fidèle à moi, mon chemin passait par cette étape.

Alors j’ai cherché un nouveau poste d’assistante sociale. Je ne voulais pas retourner dans mon institution d’origine, j’aurais eu l’impression de faire machine arrière. J’ai trouvé un poste dans le milieu hospitalier psychiatrique, qui ne me convenait pas et que j’ai quitté au bout de deux ans. Puis j’ai intégré une équipe d’encadrement au sein d’une direction d’action sociale départementale, mais je me suis trouvée à nouveau trop éloignée du terrain, après trois ans j’ai demandé un poste de chef de service. Là j’avais en responsabilité une équipe de sept assistantes sociales en polyvalence de secteur, avec une mission d’encadrement et de conseil technique.

‘’Polyvalence de secteur’’, tu peux préciser de quoi il s’agit ?

Oh c’est un terme de l’administration pour parler du terrain, là où on accueille, écoute, et aide ‘’tout le monde’’, ce ‘’tout le monde’’ pour lequel je me sentais faite, que cette fois j’avais rejoint, et que je n’ai plus quitté… jusqu’à ma retraite, il y a quinze jours.

C’est un peu l’heure des bilans alors pour toi, comment tu définirais cette interaction qu’il y a eu tout au long de ta carrière entre PRH et ton métier ?

Ça c’est clair pour moi : le cœur de mon agir professionnel c’est PRH qui m’a permis de le déployer. En aidant les assistantes sociales, plus encore que le public, j’étais vraiment à ma place.

Et la fine pointe de mon action (les collègues d’ailleurs me l’ont reflété lorsque je suis partie) c’était ma manière de vivre l’encadrement et le conseil technique. Je vivais profondément les attitudes de la relation d’aide : l’accueil, l’ouverture, laisser parler l’autre jusqu’au bout (ne pas conseiller tout de suite) reformuler, faire confiance à la vie.

La confiance, ça c’est le maitre mot. La confiance dans leur professionnalisme, la conviction que c’est elle, la professionnelle, qui sait le mieux, ce qu’elle vit avec la famille qu’elle accompagne. La confiance encore lorsqu’une famille téléphonait pour se plaindre, j’allais voir la collègue concernée en étant sûre qu’elle avait fait au mieux, sincèrement sûre, et un dialogue détendu pouvait avoir lieu. Les professionnelles savaient qu’elles pouvaient compter sur cette confiance, sur cette solidité en moi ; lorsqu’elles faisaient une erreur elles venaient m’en parler, lorsqu’elles avaient besoin de partir plus tôt pour une raison personnelle, elles venaient me le dire, et lorsqu’il fallait donner un ‘’coup de collier’’ elles se mobilisaient pour le faire. Oui, ça paye de faire confiance.

En t’écoutant il me vient une dernière question, un peu ‘’provocatrice’’… si tu étais restée formatrice tu aurais pu aider et accompagner des dizaines (des centaines?) de personnes, là ton aide et ton écoute ont été retreintes à une petite équipe, est-ce que ce n’est pas un peu dommage?

Ta question me fait sourire… j’ai partagé ce qu’il y a de plus visible et de plus constant , mais ma manière d’être ne s’est pas manifestée que pour les 7 personnes de mon équipe, nous étions 40 sur le site, et puis c’est aussi en réunion, à table en mangeant, etc… D’ailleurs ce n’est pas une affaire de nombre, je crois que c’était là ma place et lorsqu’on est à sa place c’est là qu’on porte le plus de fruits.

Propos recueillis par Paul-Etienne PÉREZ, collaborateur bénévole PRH

Avec cet entretien nous inaugurons une nouvelle rubrique de notre blog , intitulée « impact sociétal ».

Au travers de témoignages d’utilisateurs de la formation PRH, nous illustrerons les bénéfices de celle-ci pour la personne formée, et pour son environnement social et humain.

D’autre part, à partir du lundi 16 mai, nous publierons chaque jour des nouvelles de l’actualité de notre rencontre internationale, nous avons à cœur d’être en lien avec vous, pour vous partager notre vécu et nous attendons vos commentaires !

Brigitte Daunizeau, modératrice du blog

8 réflexions sur « « Lorsqu’on est à sa place, c’est là qu’on porte le plus de fruits. » »

  1. Merci à Evelyne pour ce témoignage que je reçois totalement.
    L’outil PRH au service de l’être de chacun et non … au service de PRH.
    Cette ouverture me parle. Quitter le nid et voler de ses propres ailes dans le souffle qui nous emporte. Merci pour ce témoignage riche en liberté, fidélité, amour inconditionnel et foi en soi.
    Philippe.
    Belgique.

  2. Merci Evelyne pour ton témoignage de vie …
    Ce qui me vient c’est un bel encouragement à écouter ma conscience profonde et à aller dans le sens de mes discernements au risque de vivre de l’inconfort dans ma sensibilité …

  3. Merci pour ce témoignage qui m’interpelle au plus profond de moi; oui quand on est investi d’une mission, là où on sent que l’on est vrai authentique, , c’est là que l’on donne le meilleur de soi-même , nous sommes empreints d’un dynamisme, d’un élan de vie ; c’est comme lorsque le fruit arrive à maturation , il donne toute sa saveur .
    A chaque fois c’est une vraie joie que de vous lire
    belle continuation

  4. Votre témoignage, Evelyne, me fait comme un baume. Ayant aspiré à devenir formatrice PRH, je me suis rendue près du but en complétant ma FRA, il y a plusieurs années de cela ; puis un long discernement m’a « contrainte », par l’intérieur, à lâcher cet idéal. J’ai trouvé ça douloureux, bien qu’ayant la certitude d’avoir à poursuivre une autre route… Avec le recul des années, ça ne s’est que confirmé en moi. Votre partage m’interpelle à analyser pour aller lire et nommer plus finement quoi de moi avait à se vivre autrement et ailleurs. J’ai la certitude d’être à ma place, dans mon rôle de travail actuel, et je me sens interpellėe, par vos propos, à me l’approprier davantage. 🙂 Merci beaucoup! Du Québec,

  5. Je suis émerveillée par la fidélité d’Evelyne, fidélité à écouter avec persévérance et courage sa « tristesse d’être » qui lui murmurait: « continue à chercher là où tu vas pouvoir donner le meilleur de toi, ce que tu portes d’unique pour le monde et pour toi ».
    Intelligence de la Vie qui lui fait prendre des chemins de traverse aussi utiles que nécessaires. Ainsi l’étape PRH lui a-t-elle permis de déchiffrer son « mal à l’être », tout en lui offrant les moyens de poursuivre sa quête.
    Il semblerait en être ainsi de notre fil rouge, qui nous fait tourner, avancer de plus en plus autour de notre axe profond jusqu’à y coïncider, celui qui va nous quiller, tel un bateau, pour avancer sur la mer du Sens de notre vie, voie unique et spécifique à chacun, vocation, « mission », qui nous permet de sentir »C’est bien là mon colibri ».
    Il semblerait qu’Evelyne ait trouvé sa pointe, sa plénitude à accompagner ses assistantes sociales, des « mutiplicatrices » capables d’accueillir « tout le monde ». Elle y vivait ses dons d’aidante, son amour de l’outil PRH, sa vision de la personne, ce regard de foi et de Joie, capable d’aider « ce tout le monde  » à se lever.
    Nicole Langlois-Meurinne

  6. Merci Evelyne pour ce témoignage de vie auquel j’ajouterais une précision: je suis convaincue que ce ne sont pas 40 personnes que vous avez aidées… Mais bel et bien des dizaines voire des centaines!

    En effet, en vivant votre poste de supervision comme vous l’avez fait, encadrant avec professionnalisme et confiance votre équipe, vous avez permis à chacune des 7 assistantes sociales d’être à son tour professionnelle et profondément « à sa place ». Chaque famille ayant bénéficié d’une intervention a donc été touchée par l’intelligence d’être et de savoir faire des membres de votre équipe.

    C’est le merveilleux phénomène « boule de neige » ou « pollinisation » (selon votre saison préférée 😊) du management. Toute personne ayant une responsabilité de personnes, (quel que soit son niveau: chef(fe) d’équipe/superviseur(e), leader, manager, directeur(trice), VP ou CEO) peut changer son environnement en créant une atmosphère de respect, de confiance et de professionnalisme qui permet à chaque emoloyé d’être aussi  » à sa place »: équilibre ténu et fragile qui créé des équipes extraordinaires, créatrices et performantes.

    Vous avez dû inspirer beaucoup de gens autour de vous… et je suis sûre que cela ne va pas s’arrêter! Je vous souhaite une belle retraite, qui vous permettra de continuer de vivre votre bienveillance d’une autre façon, et envie les gens que vous cotoyerez! Bien à vous, de Suisse 🌺🎼🌼

  7. Beau témoignage.Du courage aussi dans ce parcours professionnel peu banal, très riche d’expériences, de rencontres et certainement d’aides à autrui. Je suis admirative de cette fidélité à l’essentiel de vous-mêmes, sans doute parce que bien entrainée par PRH (et autre chose?) à l’écoute de vos intuitions et un discernement à chaque étape de votre parcours. Bonne retraite et bonne continuation! Bien amicalement

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