En mouvement !

L’été 2019, mes vacances ont commencé par une randonnée en Bourgogne. Nous sommes partis, mon mari et moi, aussi épuisés l’un que l’autre, en cette fin d’année scolaire. J’avais attrapé un virus qui me laissait complètement à plat. Je suis partie, mes antibiotiques dans mon sac à dos. Dans le train qui nous conduisait à Sermizelle, point de départ de notre marche, je n’étais pas vaillante. J’étais même assez inquiète : « Quelle folie, pensais-je, on est trop fatigués, nous n’y arriverons jamais ! » L’idée de marcher des journées entières, avec la canicule qui s’annonçait, me semblait complètement surréaliste. Mais bon, comme je ne suis pas du genre à renoncer, nous nous sommes mis en marche.

Le premier jour, puis le deuxième et le troisième ont été difficiles. Nous arrivions le soir éreintés et nous nous couchions comme les poules. Mais bizarrement, cette fatigue physique nous laissait plutôt mieux qu’au début de notre marche. En marchant sur ces chemins de campagne, dans cette nature si belle de Bourgogne, entre les douces collines de Vézelay et les paysages plus âpres du Morvan, nous laissions à terre nos fardeaux. Les habitudes de la ville, les préoccupations professionnelles, mais aussi les pensées toxiques qui tournent et les soucis non existentiels restaient accrochés aux empreintes laissées par nos semelles sur les chemins de terre. Marcher, cela nous relie au sol, à la terre. Concentrés sur le rythme de nos pas, connectés à notre souffle, nous retrouvions peu à peu un équilibre intérieur naturel que la vie quotidienne perturbe. A l’écoute de nos besoins physiques essentiels : manger, boire, se reposer, donner satisfaction à ces besoins créé une sécurité intérieure profonde. Boire quelques gorgées d’eau, croquer une poignée de fruits secs, enlever ses chaussures de marche pour plonger nos pieds douloureux dans l’eau fraîche d’un ruisseau, se coucher quand vient la fatigue… Que de joies simples et si profondes !

Les derniers jours, nous ne sentions plus la fatigue. Envolé l’épuisement du début, dissipée la fatigue de la marche. Nous nous sentions en pleine possession de nos forces physiques, prêts à avaler des kilomètres. Et à continuer l’an prochain pour une randonnée plus longue : c’est dommage de s’arrêter quand on se sent enfin en forme !

Cette expérience a été pour moi riche d’une belle source de réflexion. Je savais déjà que j’aimais le mouvement. J’ai découvert combien la fatigue n’est parfois pas seulement physique mais morale et combien c’est justement l’effort physique qui rééquilibre notre personne.

Vanter les mérites de l’effort physique en période de confinement peut paraître étrange. Quand les salles de sport et les piscines sont fermées, quand il fait si froid dehors, que pouvons nous inventer pour faire vivre notre corps ? Car il s’agir bien d’inventer, de chercher, de trouver des moyens pour ne pas nous laisser prendre par l’apathie ambiante et hiberner jusqu’au printemps.

Autour de moi, je vois des personnes qui suivent assidument des cours de yoga ou de gym qui fleurissent sur Internet. J’ai même trouvé en ligne des cours de barre au sol proposés par des danseurs de l’Opéra de Paris ! Personnellement, je marche tous les jours, casque sur les oreilles pour me donner le tempo. J’habite en ville, mais les ressources sont nombreuses : des parcs m’entourent, la Seine coule près de chez moi, et je m’aventure aussi dans de beaux quartiers : j’admire les maisons qui bordent les larges allées, j’aime imaginer la vie des habitants, quand il fait nuit et qu’on entre-aperçoit les intérieurs illuminés, comme des oasis.

Et vous, qu’est-ce qui vous ressource ? qu’est-ce qui fait du bien à votre corps et à toute votre personne ?

Marie-Pierre Ledru, formatrice PRH agréée

7 commentaires sur « En mouvement ! »

  1. Merci Marie-Pierre pour cet éclairage, cette distinction entre la fatigue physique et la fatigue morale. Je sens très vrai que c’est l’effort physique de notre corps qui rééquilibre notre personnage. En te lisant ça m’apparaît comme une évidence quand jamais je ne l’avais perçu au paravent. Et j’ai un merci pour ce corps, porte d’entrée de notre vie intérieure, vrai compagnon de notre vie.

  2. Bonjour,
    merci pr ce témoignage qui rejoint me expériences ; étant hypersensible, tendance au perfectionnisme et vivant souvent des rdr, au quotidien et particulièrement en fin de journée, mon corps est régulièrement saturé, ma sensibilité bouillonnante, inconfortable, tensions et trouble intérieur. Alors quand enfin je décide de m’offrir un temps d’analyse ou un temps d’être ou de méditation, je dois obligatoirement passer par un temps de détente de mon corps AVANT sinon je n’y arrive pas… Je pratique donc quelques mouvements de danse, qi kong ou yoga, ou je prends l’air quelques minutes, marcher dans la nature et le silence m’aident ; peu à peu , mon souffle « haut », redevient plus lent, plus bas, les blocages d’énergie se libèrent, c’est plus fluide et dégagé en moi ; alors je peux rejoindre ma vie intérieure, mon être. J’ai du accepter cette « procédure » : délier les noeuds physiques, délivrer mon corps saturé, pour rejoindre mon âme…

  3. Ce qui me plait et qui me rassure dans cet article ; c’est qu’on apprend par expérience et la place du corps dans cette expérience

    > Ce que nous pouvons constater à postériori peut augmenter la confiance en soi. .

    < ce qui compte, c'est le premier pas !

    Merci beaucoup pour ce témoignage !

  4. Marie-Pierre, vous ouvrez la porte à chacun de nous pour mieux goûter la vie simple qui est là, pour s’y relier ou, mieux encore, pour en faire partie car nous baignons dedans, sans toujours la percevoir. Alors, je réponds à votre invitation : ce qui a été vitalisant ces jours-ci c’est le chant inattendu d’un oiseau dans un arbre couvert de neige, c’est voir à la télé un enfant qui découvre la neige pour le première fois, voir d’autres enfants qui dansent chez eux faute de pouvoir sortir, des choses simples et qui font du bien

  5. Merci Marie-Pierre, j’ai beaucoup aimé ce partage qui rejoint mon expérience.
    Le mouvement coûte quand on est fatigué, mais en fait il est libérateur d’énergie et de fluidité en nous, dès qu’on se met en marche, ou assez rapidement après.
    Se mettre en mouvement, là où on est, et comme on le peut
    Sortir de sa zone de confort, physiquement et psychiquement, pour retrouver de l’énergie, de la vitalité, de la confiance dans la vie…
    Merci, merci !

  6. Le corps, cette matérialité que j’habite et qui habite toute ma vie est un allié de chaque instant. Véritable porte d’accès à la Vie, il porte le mouvement, il est mouvement, rythmique. C’est à partir de lui, que je sens et porte la vie. Il est mon intermédiaire aux énergies intérieures et extérieures.

  7. Ce qui me ressource: le vol des oiseaux (Laudato si mi Signore), le pépiement des mésanges, des rouge-gorges. Ce qui fait du bien à mon corps: être attentive à mon souffle: inspirer et expirer.
    Merci pour cette bonne question.

    Marie-Josèphe Boucher.

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