Il est urgent…. de ralentir !!

Aujourd’hui, c’est samedi, tout un espace de liberté s’ouvre à moi.

Et pour une fois, je suis seul à la maison.

Pas de réveil, je n’ai rien formalisé dans mon programme, si ce n’est le coiffeur à 10 h 30.

A peine éveillé me viennent à l’esprit toutes les choses que je n’ai pas pu faire durant la semaine, les mails en attente, les travaux à faire, la comptabilité à faire suivre, le jardin à s’occuper… Je suis dans mon lit et mon corps qui est encore dans cet état de repos se trouve assailli par une lutte interne : si tu te lèves dès maintenant, tu pourras te libérer plus vite de toutes ces choses. Mon corps endormi n’a pas envie de bouger. Ça bataille en moi.

Je sens mon cerveau qui, stimulé progressivement par la liste des choses à faire, se met en marche. Il est maintenant totalement éveillé alors qu’une sensation de lourdeur envahit mon corps.

De guerre lasse, mon corps se met en mouvement, s’active, l’énergie circule un peu plus.

A peine debout, je sens ce combat intérieur entre mon corps et ma tête s’accentuer. A tous les « post-it » de mon bureau où sont consignées les choses à ne pas oublier, s’ajoutent les pense-bêtes de la vie de la maison notés sur la porte du réfrigérateur.

Mon corps de manière automatique prépare le petit déjeuner alors que mon cerveau classe les priorités, envisage un programme, organise ma journée.

Je sens une tension monter en moi. Le bel espace de ce samedi devient progressivement un challenge où le bonheur ne pourra s’installer que quand tout sera fini.

Mon corps s’agace, ma tête est à son travail d’organisation, mon corps essaye de suivre mais ne sait même plus si j’ai faim ou pas : j’avale mes tartines au lieu de manger. Je suis opérationnel pour le programme. Totalement absent à ce que je vis dans l’instant présent.

A toutes les listes et « post-it »s’ajoutent toutes les petites choses que je perçois dans la maison et qu’il faut faire ! Je fonce à la salle de bain, je rentre dans le rythme de mon projet. J’accélère et les aléas de la vie deviennent insupportables.

Des mails arrivent sur mon portable qui bousculent la hiérarchie de mes priorités. J’accélère encore un peu plus ne supportant plus aucun obstacle à ma programmation qui une fois réalisée devrait faire sentir la joie et la liberté du travail accompli.

Mais pourquoi ai-je choisi cet horaire de 10 h 30 pour aller chez le coiffeur !! C’est malin, en plein milieu de la matinée, sans compter le temps du déplacement. Je m’en veux. J’ai 1 h avant de partir, quel dossier pourrai-je mettre en route pour m’avancer et ne pas perdre de temps ?

Ma tension est forte, et je la sens malmener ma vie : je m’y attarde, une petite voix me dit « c’est malin, cela ne va pas te faire avancer ». Je m’arrête de courir dans la maison et je reviens à mon corps, à moi et à mon désir de cette journée, à cet espace de liberté que je voulais investir avec bonheur. Pour le bonheur, c’est mal parti… Je l’ai mis sous condition d’un travail à finir !

Je prends conscience que ma tête obnubilée par la libération de toutes ces choses à faire, ne fait que regarder vers l’avant. Je ne sais même plus goûter au bonheur du petit déjeuner, au bien être de l’eau chaude sur mon corps, à l’écoute des oiseaux en ouvrant mes volets.

Ma tête est ailleurs, elle est branchée sur les « à venir ». Vient en moi une expression mainte fois entendue «  il est urgent que je ralentisse ».

Ralentir avec mon corps et arrêter le petit vélo qui dans ma tête me pousse vers l’avant sans s’arrêter à ce que je fais, à ce que je vis dans l’instant présent. A l’intérieur, je suis compressé par les volontés de ma programmation. Je relâche ! Mon bonheur n’est pas dans le fruit de mon labeur, il est surtout dans ma manière de me vivre et d’investir ma vie.

Je décide de lâcher mon programme et de me centrer sur l’instant présent. J’oublie ma liste même si elle est en arrière fond de moi. Je n’ai plus qu’une demi-heure et à mon rythme je me prépare. Je ré-ouvre la fenêtre et accueille le chant des oiseaux. Entre chaque petite chose à faire j’écoute en moi, par un petit temps d’arrêt intérieur ce que j’ai à faire. Les choses s’enchaînent sans précipitation, avec douceur.

Un tout autre programme, non prévu se déroule, je vis l’instant présent. Je goûte à la vie dans ma voiture, puis chez le coiffeur, je me sens présent aux personnes, détendu, je sens un sourire intérieur en moi. Ma liste est là sans me tyranniser, j’ai l’expérience de l’accueil de l’instant présent.

Quand je sors de chez le coiffeur, me vient l’idée d’écrire en quelques lignes… Tiens, un nouveau dossier à ma liste bien chargée. Oui et non !

Oui, car cette intuition sera bien une action qui s’ajoute à toutes les autres et va me prendre de l’espace et du temps dans ma journée.

Mais, non, car j’accueille dans l’instant cette intuition avec l’énergie qu’elle comporte, la joie qu’elle me procure de la suivre.

Je me laisse « porter par la dynamique de vie » et ma tête accueille au pas à pas ces mots de ce message intérieur, « il est urgent de ralentir » pour que je puisse goûter au bonheur d’être moi, vivant dans l’instant présent.

Faire ce choix-là, c’est pour moi apprendre à ne pas être mené par mes « post-it » mais par la rencontre toute simple avec ma vie profonde, mes intuitions et toute mon humanité d’homme d’action que je suis. Je fais l’expérience qu’en ralentissant, je me laisse une chance d’être heureux dès maintenant de ma vie et de mes actes.

Alors, si comme moi, vous êtes beaucoup mené par votre agenda et vos « post-it… »

Essayez ! il est peut-être urgent de ralentir pour vivre au rythme de votre vie intérieure.

Au bout de la journée, je goûte à la joie de m’être laissé bouger par l’inattendu et de ressentir l’énergie donnée à chaque décision prise en lien avec ma vie profonde.

Bon samedi

Philippe Charrier, formateur agréé PRH

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5 commentaires sur « Il est urgent…. de ralentir !! »

  1. Merci Philippe pour ce témoignage qui me rejoint profondément. Il me semble que pour moi cela fait longtemps que le samedi matin je ne me bat plus avec ma liste « de post it »ce jour là !
    Cela fait longtemps que j’ai choisis de démissionner volontairement « des choses à faire » le samedi matin, unique moment où je suis seule à la maison !
    D’abord parce que la force me manque après les semaines intenses.
    C’est LE moment de la semaine où je me laisse diriger par une autre instance de ma personne, celle qui me dicte seulement d’écouter et de goûter !
    Souvent cette instance me dirige tout droit dans un fauteuil, Un transat, ou dans mon lit, avec , ou pas, des articles à lire qui vont me nourrir, avec ou pas une feuille blanche sur laquelle je vais noter ce qui me vient de l’intérieur ! Bref C’est le moment où je ne fais RIEN et où je m’abandonne véritablement à mon monde intérieur !
    Curieusement ce moment de RIEN devient très riche et plein de vie , c’est le temps où je goûte le présent du temps, où je reviens sur les événements de La semaines ou j’accueille les intuitions pour les lendemains !
    C’est bon et ressourçant !
    Bref…
    Pas étonnant que je rédige ces mots au fond de mon lit alors qu’il est plus de 10h et que nous sommes samedi matin et que je vienne par hasard de tomber sur ton témoignage !😉
    Bon WE à toutes et tous

  2. Merci pour ce témoignage.

    En le lisant je me dis « C’est pas si évident de garder le lien avec sa liste de choses à faire en restant présent à toutes les sensations et intuitions qui font le bonheur de vivre. » Chez moi c’est souvent l’un (rester présent) ou l’autre (suivre ma « to do list ») qui domine sans vraiment cohabiter. J’aimerais bien progresser vers une plus grande conciliation des deux, comme décrit ici.

    François

    PS : En lisant Martine j’étais aussi un peu mal à l’aise de lire « C’est le moment où je ne fais RIEN » alors que, comme elle l’explique ensuite, c’est un moment ou Martine fait le PLEIN (de richesses), non ? 😉

  3. Ralentir, baisser la pression, s’éloigner des post-il, des « il faut », et de la culpabilité.
    Prendre simplement le temps de respirer, souffler, écouter le chant des oiseaux et de se sentir vivre.
    Merci Philippe pour cette belle invitation
    à se préserver un temps à soi.

    Et promis, je bloque ce temps pour moi sur mon agenda,
    (et non sur un post-it : il peut s’envoler et je pourrai oublier !!!!)

  4. Cette analyse, que tu fais Philippe, de ton combat intérieur pour en arriver à accueillir l’urgence de ralentir, me rejoint profondément, tant je le connais, tant je me laisse enseigner par lui, tant je trouve de la joie d’en sortir de plus en plus souvent libre.
    Je peux dire actuellement que ce qui me motive à vivre ce combat, C’EST l’aspiration à devenir disponible aux rencontres (programmées, ou non programmées – ce qui me demande de la vigilance pour ne pas succomber à la tyrannie des mes post-il) ; C’EST véritablement rencontrer l’autre en me laissant toucher (bouger intérieurement en positif comme en négatif) par ce qu’il me donne de lui.elle-même ; C’EST rester disponible à l’imprévu, à l’instant présent, jusqu’à repérer mes réflexes de foncer tête baissée et décider de ne pas y succomber.
    Je perçois dans ton analyse une acuité du regard sur ton monde intérieur qui me donne de la joie. Elle me transmet une sensation de vie, pour laquelle je rends grâce à la Vie.
    Je terminerai en disant que l’exercice du discernement dans mes actes ordinaires me fait expérimenter combien obéir à l’urgence de ralentir me rend plus efficace, et me laisse dans l’étonnement d’avoir pu « en faire » plus que je ne pensais, d’y avoir dépensé une juste énergie, et de pouvoir goûter le bonheur d’avoir fait de cette journée un moment unique qui ne reviendra pas, mais qui demeurera.
    Cet instant que j’ai consacré à faire ce commentaire n’était pas programmé dans mon planning ! Je n’ai pas succombé à la peur de ne pas réaliser mon programme de la journée. Mais en m’y adonnant, je perçois comme il m’est bénéfique, Philippe, de te partager ces quelques lignes. Merci à toi.

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