«Pour dépasser ses peurs, il faut savoir les embrasser»

r e n c o n t r e a v e c PATRICK BARRAU

S’abandonner à la sensation de peur, afin qu’elle recule, telle est l’une des propositions assez étonnantes de ce coach atypique, qui a choisi de s’établir au Maroc et de publier un livre d’entretiens avec un Lama tibétain.

 Vous avez pratiqué le parachutisme, est-ce une façon d’affronter ses peurs ?

 angstfreiPatrick Barrau : De repousser ses limites plutôt. Mais c’est vrai qu’on peut s’affranchir de ses peurs par l’expérience. Aux personnes qui souffrent de vertige, je conseille de s’exercer à cette situation en se plaçant au bord du vide, en toute sécurité bien sûr, et lorsque le vertige les saisit, de se laisser envahir, en s’abandonnant à cette sensation. En répétant l’exercice, le vertige disparaît progressivement. Pour dépasser ses peurs, il faut les apprivoiser : prendre conscience de leur source, mais aussi les accueillir comme faisant partie de notre être, ni bonnes ni mauvaises. On se coupe trop de ses sensations, on cherche à prendre du recul, à intellectualiser, et c’est ainsi que nos émotions prennent le contrôle.

Mais la peur n’est pas uniquement un phénomène physique ?

 P.B. : C’est toujours un film qu’on se raconte, un scénario psychique qui nous enferme dans une vision à sens unique du réel. Ce schéma d’interprétation déformé valide les croyances erronées que la personne a pu se forger sur elle-même et sur les autres. Malheureusement la peur n’évite pas le danger, elle augmente même les risques parce qu’elle coupe des bonnes décisions à prendre et limite l’expression des talents.

Depuis quelques années, la peur semble aussi dominer les comportements collectifs. La sécurité est devenue l’une des préoccupations principales des Français et des hommes politiques…

P.B. : Le phénomène ne me semble pas si nouveau. Sur l’ensemble de la planète, tous les registres qui fondent et régissent l’humanité reposent sur la peur et la culpabilité… même la religion a brandi le spectre de l’enfer. Peur de ne pas correspondre à ce que nos parents attendent de nous, puis compétition scolaire et peur de ne pas arriver dans le peloton de tête, exigence de performance dans le travail, etc. évidemment, pour mieux dominer, certains dirigeants politiques ou d’entreprises exploitent aussi ces deux ressorts. La population française est vieillissante, or les personnes âgées ont particulièrement besoin de sécurité. Acquérir de la liberté par rapport à ses peurs et à toutes les tentatives de culpabilisation dont on fait l’objet est une forme de maturité, de sagesse. La peur est donnée par la perspective de perdre quelque chose. Mais la vie est une succession de petites morts, nous sommes sans arrêt en train de perdre quelque chose. Quand vous l’avez accepté, que vous êtes bien avec l’évidence de votre propre mort, vous n’avez plus peur, tout vous est ouvert.

Le monde évolue particulièrement vite. Est-ce que cela n’amplifie pas le phénomène ?

P.B. : Sans doute. En entreprise, l’accélération des changements est subie plus qu’on ne la maîtrise. Quel que soit son niveau de responsabilité, le personnel doit constamment apprendre et se remettre en cause. La perte des repères est très perturbante. Nous passons d’un monde analytique, binaire (enfer-paradis, bon-mauvais, etc.) à un monde systémique plus complexe : la partie est dans le tout et le tout est dans la partie, chaque partie du système étant interdépendante de l’autre. L’extraordinaire développement de l’information et de la communication virtuelle ajoute pour certains à la confusion. Il pourrait favoriser l’évolution de l’être humain, en donnant envie de casser les frontières et de faire le voyage vers la complexité de l’autre. A condition de lâcher le désir de tout maîtriser. Pour ne pas se sentir «noyé», il faut consentir à porter son regard sur l’essentiel pour nous au sein de cette complexité et abandonner le reste. Etre à l’aise avec cette non-maîtrise

Puisque la peur ne «donne pas des ailes», quels sont les autres leviers possibles pour la vaincre ?

P.B. : Le changement est basé sur une confiance en soi fondamentale («je vais pouvoir trouver des solutions») qui ouvre sur la confiance envers les autres. La peur est utile : quand elle surgit, elle donne à prendre conscience de ce qui nous limite, ce qu’il reste à travailler et à mettre de côté pour accueillir l’imprévu de la façon la plus sereine possible. Il est nécessaire de se détacher des jugements, qu’ils proviennent de soi-même ou des autres. La volonté d’être utile, très forte chez l’être humain, peut aussi aider à transcender ses peurs.

 Propos recueillis par Marie-Christine Colinon

 Patrick Barrau, est marié et père de trois enfants. Après une formation de psychosociologue, il s’engage dans l’armée comme officier parachutiste. Six ans plus tard, il devient cadre dans l’industrie, puis conseil dans des cabinets internationaux, avant de créer sa propre société spécialisée dans le coaching d’entreprise. Il est désormais installé à Casablanca, comme directeur associé du cabinet Maroc Devenir, car passionné par la rencontre avec une autre culture, ainsi que par le défi que représente l’accompagnement d’un pays émergent. En mai 2005, il a publié « Etre serein et efficace au travail », entretiens croisés avec le lama Jigmé Rinpoché (éd. Presses de la Renaissance), avec lequel il partage une grande communauté de vues.

 Vous pourrez retrouver le détail du dossier « affronter ses peurs », duquel est extrait cet interview,  dans la lettre PRH n° 31 .

2 réflexions sur “ «Pour dépasser ses peurs, il faut savoir les embrasser» ”

  1. Ces propos recueillis par Marie -Christine Colinon auprès de Patrick Barrau nous ouvre à sa présence, Ses rencontres humaines élargies ont enrichi son expérience de vie.Cela nous invite à réfléchir à ces peurs qui nous habitent.
    « Pour dépasser nos peurs il faut les embrasser », les ressentir,les saisir par la pensée, les accepter car elles font partie de nous.
    Mais qu’est ce que la peur?la nôtre, celle des autres et celle du monde ?
    La confiance pour surmonter nos peurs,mais aussi quels autres leviers?

    Je pense ,avoir vécu, vivre un combat face à mes peurs,où, volonté et motivation m’ ont amenée, m’amènent à dépasser mes limites,surtout quand l’absence de sécurité est là…où souvent ma seule force de vie est aidante…et ,ô,combien ,je dois la chercher loin en moi cette force!
    Mais qu’est ce que la peur?C’est difficile à définir! Elle surgit on ne sait pourquoi,dans certaines situations,Mon expérience de vie montre la frustration apportée par ces « sortes de paralysie de l’être « ,qui semblent si étranges, la stupéfaction et les questionnements qui en découlent.
    Le temps qui passe,un certain dépouillement que je vis auj’ourd’hui
    tant j’ai perdu ce qui était important ,ce et ceux que j’aimais,me font vivre les peurs avec fatalisme ,une certaine sagesse.
    Oui, il est certain qu’une certaine sagesse est aidante face à ce monde nouveau qui peut faire peur,où tout s’accélère, où nous devons vivre avec notre temps quelque soit l’âge, nous ouvrir à la richesse de l’autre dans la rencontre pour atténuer les craintes liées à nos différences.
    Aussi,passer par les peurs permet de grandir en humanité ,si ,sur ce chemin scabreux de la peur, nous avons pu donner sens à ce qui parfois en était exempt,donner sens,malgré tout,ce fut ma recherche. ..en situation de peur.

    La confiance ,en soi ,en les autres ,est un levier pour supporter nos
    peurs ,mais il en est qui m’accompagnent toujours,l’art et la beauté ,qui me permettent de transcender mes peurs,d’y puiser une grande espérance ,source de joie et d’amour.

    Françoise

  2. S’agit-il de transcender ou de traverser nos peurs…les « embrasser »pour accueillir, progressivement, au fur et à mesure de mes forces et de mes pas de croissance, les sensations corporelles qui ont tant à nous dire…jusqu’à leur racine.
    Bienheureuse montagne qui m’a obligée à ces traversées tant certains passages délicats m’ont complètement arrêtée dans l’effroi, les tremblements, les larmes et l’impuissance totale à pouvoir « passer »….
    Ces traversées de vertige m’ont conduite jusqu’à la perte , in utero, de mon jumeau: ma mère ayant pratiqué le saut d’obstacles, déjà enceinte de nous deux, …sans le savoir.
    Lui est tombé, je suis restée, avec parmi d’autres, « la peur au ventre »de mourir…
    Dès lors, apres de nombreuses « traversées », je peux « passer »…
    Oui nos peurs, viscérales, les plus grandes et les plus enfouies, sont des chaînes qui empêchent le jaillissement unique de notre vie à l’origine.
    Il ne s’agit donc pas de guérir pour guérir, mais l’aspiration si puissante à vouloir devenir cet unique que nous sommes, nous invite sans cesse à renoncer « à ce malin plaisir qui me fait refuser de rejoindre qui je suis en profondeur », tel que se confiait quelqu’un qui commençait à formuler sa « résistance de fond »…
    Au pas à pas et à chaque récurrence, avec les forces qui sont les miennes, avec une main aimante et compétente qui me donne la sécurité vitale pour m’y risquer, je peux avancer vers mon Soleil, ma Source, souvent voilés, obstrués par ces « vertigineuses entraves » archaïques, qui restent enfouies par mesure de protection.
    Mais l’attrait de notre « diamant intérieur » peut être si puissant qu’il nous donne les forces, l’énergie, les moyens de nous dés-encombrer de ce qui entrave l’accomplissement du plein Sens de notre Vie, poûr qu’il puisse donner, rendre…incarner psa part unique, avec notre collaboration indispensable pour tenter de con-sentir à ce qui « est ».
    Nicole Langlois-Meurinne..

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