Les sentiments honteux

Vous est-il arrivé d’avoir des sentiments que vous auriez préféré ne pas éprouver ? De tels sentiments peuvent-ils servir notre croissance ?

Pour ma part, bien sûr, cela m’est arrivé, et cela m’arrive encore. Un exemple qui me reste parmi les plus marquants pour moi, c’est après avoir été cambriolé. J’habitais alors au 8ème étage à Paris, sous les toits, et je me suis surpris à avoir des rêves et des pensées d’une extrême violence : j’imaginais que mon voleur, qui était passé par une petite fenêtre pour pénétrer dans mon appartement, avait loupé son coup, et s’était écrasé. A ma plus grande honte, je ressentais une vraie satisfaction à cette idée ! Ces sentiments m’étaient tellement étrangers, que j’étais très gêné de vivre cela !

Parmi honte 1d’autres sentiments pour lesquels on peut ressentir de la honte, il y a souvent la jalousie, la colère, des désirs sexuels… Il y a aussi ce qui nous habite face à tous les actes posés, les paroles agressives, ou les emportements vécus, dont on n’est pas fier…

Alors, pourquoi ces « sentiments honteux » ? Et peut-on en faire des chemins de croissance ?

Parfois, la honte vis-à-vis de certains sentiments peut venir de l’éducation, des interdits moraux posés par les personnes importantes pour nous dans notre enfance : « c’est mal d’être jaloux ! », « c’est pas beau d’être en colère ! », « il faut pas se mettre en avant ! », etc. Alors, on devient honteux de vivre ces sentiments, qui habitent souvent légitimement l’enfant, et on prend l’habitude de les refouler, de les nier. Et, adulte, on cherche toujours à s’interdire de les ressentir. Pour avancer, le premier travail à faire est de comprendre ces interdits, et d’accepter ces sentiments en soi.

honte 2Et puis, notre champ de conscience peut être habité par des sentiments contradictoires. Par exemple, face au physique de quelqu’un, on peut parfois ressentir une répulsion forte, ou au contraire une attraction sensible ou sexuelle : notre sensibilité et notre corps réagissent. On peut être gênés de ressentir ces sentiments de rejet ou de désir, qui peuvent rentrer en contradiction avec l’aspiration à l’accueil, à la bienveillance et au respect qui habitent notre être. Ce qui va aider alors est, d’une part d’accueillir et d’accepter d’avoir ces sensations contradictoires en soi, et d’autre part de se situer au niveau de sa conscience profonde pour choisir les actes et les paroles à vivre.

Derrière certains sentiments honteux, il y a une souffrance. Et c’est elle qu’il s’agit de reconnaître et d’accueillir. Souffrance liée au présent, et parfois souffrance liée à une histoire ancienne, enfouie et peut-être oubliée, mais qui nous fait sur-réagir à l’événement présent. Ce qui va nous libérer est d’accepter et de pouvoir vivre notre souffrance. Derrière mes pensées de vengeance meurtrière vis-à-vis de mon cambrioleur, il y avait une vraie souffrance d’avoir été violé dans mon territoire. Et cela réveillait aussi la souffrance de ce que j’avais ressenti comme un viol de mon territoire, beaucoup plus tôt dans mon histoire. On peut encore aller plus loin à propos de la souffrance. Si elle est là, c’est qu’un besoin ou une aspiration n’a pas été satisfait. Derrière la souffrance, il y a donc un appel à la vie, qu’il s’agit de comprendre et d’honorer : c’est puissamment constructeur et source de croissance.

Dans tous les cas, la première attitude aidante est d’accepter le réel. Et le réel, c’est que ces sentiments nous habitent, que ça nous plaise ou pas. Les refouler ou les nier, c’est se raconter des histoires, et biaiser avec la réalité. Or, tout ce qu’on refoule nous encombre et nuit à notre croissance, d’une manière ou d’une autre.

Accepter ces sentiments ne veut pas dire que l’on va se laisser dominer par ces sentiments, et se mettre à vivre à partir d’eux. Ce n’est pas parce que j’avais ressenti une très forte envie de vengeance vis-à-vis de mes cambrioleurs qu’il aurait été juste de me laisser emporter par ce désir !

Résumons-nous :

  • les sentiments honteux ou dérangeants font partie de la vie
  • faire l’autruche n’est pas aidant
  • il s’agit de reconnaître et d’accepter la réalité de ses sensations, de chercher à en comprendre la cause par l’analyse de son ressenti
  • accepter ces sensations ne signifie pas qu’on va vivre à partir d’elles. Ce qui favorise sa croissance, c’est toujours de décider en fidélité à sa conscience profonde.

Pour avancer, il est souvent aidant d’en parler : se sentir non-jugé et accueilli est très libérant. La relation d’aide est un moyen précieux pour expérimenter cela.

Notre expérience est donc que le travail sur ses « sentiments honteux » est un chemin de croissance. En vivant cela, on devient plus humain, acceptant sa part d’ombre et de lumière. On devient aussi plus maître de sa vie, et moins soumis à des impulsions sensibles incontrôlables.

honte 3Régis Halgand, formateur agréé PRH

19 réflexions sur “ Les sentiments honteux ”

  1. Merci Régis pour cette excellente explication pédagogique. Cela vaudrait la peine de créer, à partir de ces bonnes bases, une note d observation ! J ai lu attentivement tes derniers articles dans la même veine : bravo pour ces jolies et belles inspirations. Ça colle parfaitement à mon réel et ca semble généralisable.

    1. Merci Régis, j’aime vraiment ce que tu dis ! Cela me parle ! Je suis d’accord que ça mériterait une note d’observation (voire un mini outil) C’est bon de sentir qu’on peut travailler dans ce domaine (particulièrement moi) !

      1. Oui, Stéphanie, c’est bon de sentir qu’on peut travailler sur tous les secteurs de sa vie. Toutes nos sensations peuvent être chemin de croissance. Toutes.
        Alors bonne avancée à toi, Stéphanie !
        Régis

    2. Merci, Emmanuel, pour ces encouragements. Un mini-outil est très aidant pour travailler sur ces sensations dérangeantes. Il s’intitule « accepter ce que je découvre de moi ». C’est à mon avis un des mini-outils les plus précieux de toute la collection.
      Bien cordialement
      Régis

  2. Grand merci, avant j’ai refoulé mes sensations en les fermant dans des portes blindée pour me protéger ,je me sentais un objet , un robot au services des autres mai pas a ma personne.
    aujourd’hui en accueillant mes sensations en les acceptant et faire le deuil pour mes aspirations brimer que j’arrive pas a les réaliser pour aujourd’hui ,je me sens libérer ;mes portes blindée qui s’ ouvres, je ressens de l’énergie intérieure qui me pousse vers l’avant , je m’enfance…………………………………………………………………..
    important pour une croissance et une avancée
    d’accueillir, accepter et savoir gérer nos souffrances, nos aspiration brimé
    Safia

  3. Merci Régis de cette lecture des sentiments difficiles a accepter . De lire ce blog m’ouvre de nouveau espace de recherche et d’acceptation de ce qui est .Un rayon de soleil apparais dans un endroit souvent noir et difficile a prendre en compte sans jugement . Merci encore .
    Bernard

  4. Le travail de l’intériorité, le travail personnel : Quelle chance !
    Cela permet une ouverture vers l’autre, une ouverture de soi :
    Accepter mes erreurs, les conséquences de mauvaises décisions me permet de vivre plus de justesse…

  5. Merci cher Regis de nous ramener une fois de plus à l’importance et à la profondeur de nos sensations comme chemin de notre être dans son unicité.
    Personnellement, une  » trahison » en amitié m’a , par le passé emmenée loin sur ce Chemin…
    Il m’a fallu accueillir et traverser le rejet, l’impuissance, l’abandon, la culpabilité, l’abîme du désespoir,la solitude sans fond et en effet une colère qui m’emmenait à vouloir tuer le « coupable »….colère démesurée en violence aussi insoupçonnée qu’inconnue de moi ,tel un tsunami sans fin….et pourtant, peu à peu ce chemin de Damas m’a conduite,accompagnée avec amour et patience par mon aidante, à pouvoir découvrir le plus précieux de moi, le plus unique, le plus spécifique de qui je suis et qui cherchait à se vivre depuis toujours.
    C’est bien là , en effet, que chaque colère peut nous conduire : quel est ce précieux de moi qui est touché, aussi précieux qu’est qu’est grande la souffrance ainsi déclenchée?
    Pour moi ce fut le précieux du deux en moi,celui du « paradis perdu », Beauté ineffable, éternelle de la re-lation vécue in-utéro avec mon jumeau perdu…in-utero.
    Ainsi, suis -je tissée du deux…il me faut passer sans cesse du « paradis perdu » à celui du « paradis possible » dans une re-lation donnée, pour accueillir la Beauté et la plénitude de celle-ci ….dans les limites du réel humain…..pouvoir entrer ainsi, plus souvent, dans une altérité joyeuse devenue enfin possible…!
    Nicole Langlois-Meurinne

  6. Merci, Nicole, pour ce très beau témoignage qui illustre bien combien, derrière la colère et la souffrance, il y a quelque chose d’essentiel qui cherche à vivre. Merci de nous partager ton chemin ainsi.
    Régis

  7. Merci Régis pour cette belle explication de ce sentiment de honte…
    Quand la honte est là, elle m’étouffe, je n’ose plus me regarder, ni lever les yeux sur l’autre de peur du jugement que je crois qui va me tomber dessus.
    Quel pas énorme déjà que de pouvoir en parler et être accueillie sans jugement et avec compassion ! Quel soulagement !
    Et quel beau résultat, même si le chemin peut être long, quand je reconnais que c’était moi, oui, à ce moment-là, réveillée dans ces blessures-là…
    Et du coup apparaît « l’envers » de cette honte, la belle aspiration que j’ai à me vivre pleinement en accord avec ma conscience profonde !

    1. Merci, Asha, du partage de ton expérience. Oui, la honte nous étouffe, nous coupe des autres et du meilleur de soi. Faire l’expérience d’être accueilli(e) comme je suis est très libérant. Et la vie peut reprendre ses droits. Merci de nous le dire.

  8. Bravo Régis, cet article est déculpabilisant, ce qui est nécessaire pour pouvoir regarder en face nos sentiments honteux… j’en vois quelques uns que ton article me donne l’envie (ou plutôt le courage) d’interroger !

    1. Merci Marie-Pierre
      Mon expérience est qu’on grandit vraiment quand on regarde son vécu intérieur en face, tel qu’il est.
      Bon chemin avec ces sentiments, qui sont des portes d’entrée pour la croissance.
      Régis

  9. Merci Régis pour cet article qui me parle et rejoint tout-à-fait la vision de Marshall Rosenberg, fondateur de la Communication NonViolente : aller voir derrière nos sentiments désagréables les besoins et aspirations touchés. Cela me parle aussi du parcours dans lequel tu m’accompagne cette année « s’affirmer sans tout casser ».
    Merci aussi à toues les personnes qui ont livrés leurs beaux témoignage en commentaire de cet article. C’est nourrissant de lire vos vérités authentiques exprimées avec humilité..

  10. Juste un mot en écho à ton très bon topo Régis et à la réaction d’Asha.
    Oui la honte étouffe, j’ai connu… Plus que d’un acte ou d’une situation elle touchait à mon identité ! Epaisse tel un matelas, prégnante, j’avais honte et honte d’avoir honte ! Il m’a fallu du temps et force injections de bienveillance et de non-étonnement des aidants, pour m’aventurer à dire. Oui la honte muselle, emprisonne et la sortie c’est quand à visage découvert, je peux dire à l’autre ‘j’ai honte’. Hauts les cœurs tous les honteux et honteuses de la terre, le chemin est long, il est lent, il est garanti!

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