« Des récoltes … de simplicité »

Ce vendredi soir, on frappe à la porte. Qui peut bien venir à cette heure-là ?

C’est un voisin souriant et embarrassé en craignant de déranger, qui va droit au but : « J’ai trop de citrouilles cette année dans mon jardin, en voulez-vous une ? »

141008 2 Citrouilles

Inattendue, une proposition pareille … déconcertante … puis rapidement « Pourquoi pas ? »

Revenir sur cet évènement anodin de la vie, m’a amené à faire tout un tour de mon paysage intérieur. Je me permets de vous en partager quelques bribes.

Tout d’abord, avec ce mois de septembre et son soleil bienvenu qui n’en finit de prolonger la période estivale, je prends conscience que j’ai de la difficulté à me rendre à cette réalité que nous sommes effectivement en train de nous éloigner de l’été. Les matins ou les soirées fraiches me le rappellent quotidiennement, mais décidément cette année, j’ai du mal à imprimer l’avancée dans le calendrier.

Le lendemain, la citrouille, témoin de l’automne est arrivée. De fait, vu sa taille, il valait mieux être sûr qu’elle soit accueillie, réceptionnée !

141008 Citrouiles et courges141008 Noix et noisettes

Citrouilles, potimarrons, courges butternut ou autres, noix, noisettes et châtaignes, pommes et poires … c’est le temps des récoltes. C’est le temps des récoltes à mettre en attente. Je suis renvoyé curieusement à ces productions de vie, que l’on peut engranger, et qui se proposeront en temps voulu. Comme ces photos de l’été, ces photos de rencontres importantes, auxquels je peux revenir, non pas seulement pour me souvenir mais surtout pour accueillir la vie qu’elle me livre à nouveau.

 Ce voisin, lors de sa livraison, n’est pas resté longtemps. En même temps, il a accepté de repartir avec quelques pots de gelée de coing. Pour nous aussi, ce fut l’abondance en coings ! Nous sommes peu en relation avec ce voisin, Hubert, et pourtant il nous offre sans attendre quoi que ce soit. Je le sens avant tout heureux d’offrir.

Si je n’y avais pas prêté un peu d’attention, la page aurait vite été tournée. Par cette simple relation avec ce voisin, quelque chose de plus s’invite. Je peux m’ouvrir et accueillir sa générosité et sa simplicité. Je peux faire de la place en moi à des relations simples. Je réalise tout doucement, qu’Hubert fait partie un peu plus de mon paysage relationnel du voisinage. Pour certains, c’est précieux de pouvoir parler un peu avec quelqu’un au cours de la journée. Pour d’autres, c’est soulageant d’oser exprimer une difficulté matérielle qu’ils n’arrivent pas à solutionner : ils me donnent alors l’occasion de leur proposer d’effectuer la réparation ou de les mettre en relation avec un autre voisin qui a la compétence pour.

Tout ce vécu, m’élargit à mes différents cercles de relations. La relation au voisinage prend de l’importance, non pas par la profondeur de nos échanges, mais surtout par la quotidienneté à laquelle elle me renvoie et la mise en présence du concret de la vie ordinaire. Bien sûr, ces relations ne nourrissent pas de la même façon que des rencontres en profondeur, mais elles diffusent elles-mêmes une vie à portée de main dès lors qu’elles sont empreintes de respect et d’attention mutuels

En remettant à Hubert, un peu de notre confiture, lui-même s’est extasié devant notre capacité à transformer le coing. Sa réaction a été directe : « Je n’aurais pas la patience de faire cela ! »

Par sa remarque je fais le constat, c’est vrai, que j’aime prendre du temps à l’occasion, pour ces choses du quotidien. La patience, je la connais et je la vis naturellement pour beaucoup de choses. Lui se vit et se voit différent.

Ce n’est pas évident de reconnaître ce que j’apporte à l’autre, sans le comparer. Cela peut être subtil de réaliser que nous sommes complémentaires par nos différences et que ces complémentarités sont précieuses : puissent-elles nous inviter à les élargir à d’autres à l’occasion ! Notre solitude est visitée par celles et ceux qui nous donnent l’occasion d’offrir quelques facettes de notre personnalité.

Cette vie-là, c’est aussi notre vie … toute simple !

 Hilaire BABARIT formateur agréé PRH

logo la vie nous instruit

8 réflexions sur « « Des récoltes … de simplicité » »

  1. Merci Hilaire de ce moment . J’aime donner le surplus de mon jardin et cet article me met devant la joie de recevoir de l’autre dans un échange de voisinage et de simplicité . Cela me précise en moi ce qui se vis dans donner et recevoir . merci .

    1. Hello Bernard ! Qu’il est bon de se laisser goûter à l’abondance de son jardin, et d’avoir le plaisir d’offrir ou de s’exposer à recevoir, d’autant plus sans s’y attendre. Quand en plus, on peut cultiver son voisinage, c’est de la vie engrangée a l’un ou l’autre moment propice.

  2. Merci, Hilaire, tout cela est plein de poésie quotidienne et de douceur humaine. A l’heure où nous recevons nos kilos de courges de l’Amap, à l’heure de l’abondance des noix , à l’heure des tisanes au tilleul du jardin, je suis rejointe par ce que tu décris de ces voisins avec qui se tisse quelque chose de simple, » d’ordinaire », d’humain tout simplement. Quand les enfants du quartier viennent sonner pour Halloween…nous leur proposons des noix… ce n’est « ni « trick », ni « treat » et ils ne refusent jamais!

    1. Hello Béatrice ! La poésie te connaît et vient te rendre visite régulièrement. En même temps, aurais-je osé remettre aux enfants passés pour Halloween, des noix ou des noisettes, d’autant que je laisse Annick, mon épouse s’en charger. Il faudra que je lui en parle … pour l’an prochain. Serons-nous transformer en citrouille ?

  3. Merci de me renvoyer à toutes ces rencontres du quotidien si brèves mais qui « diffusent de la vie », cela me donne le goût de recueillir cette vie chaque jour pour m’en imprégner, pour la goûter !

    1. Il est si facile de laisser passer la vie rencontrée au quotidien, d’autant plus à portée de chez soi. Alors en plus, si vous vous laissez prendre par le goût de la recueillir, jusqu’à vous laisser la savourer, cela peut vous permettre que se tisse la vie à sa convenance.

  4. Nos quotidiens différents nous « révèlent », au travers du ressenti de l’autre…
    Votre témoignage me fait penser à cette petite carte reçue hier de l’animatrice de l’atelier de peintres où j’oeuvrais l’an passé.Ayant changé de région, elle souhaitait un lien épistolaire et je fus surprise de lire ce compliment: »Qu’est-ce-que tu écris bien, c’est un bonheur de te lire! »
    Surprise de ce bonheur donné et qui me révèle peut-être un talent d’écriture, je me dis qu’un petit échange de cartes postales peut être porteur de belles sensations touchant notre être profond et révéler une facette inconnue de l’autre…
    Merci Hilaire de me permettre de partager ce vécu…

    Françoise

  5. Une carte postale envoyée a été une occasion d’avoir du bonheur en retour, dotée d’une invitation à reconnaitre votre propre don d’écriture, simplement.

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