Tout vide, et à nouveau du plein !

Ce soir, je rencontre des femmes ordinaires, au métier ordinaire, animées d’un feu cependant peu ordinaire, des femmes en quête d’un nouveau souffle dans leur travail.

Je suis accueillie dans une jolie pièce colorée, ouverte sur la rue, garnie d’un mobilier à hauteur de tous jeunes enfants, bien achalandé en fruits et légumes en plastique rangés avec soin dans leur cagette, la dinette en ordre sur de petites étagères, les véhicules lilliputiens bien garés dans un coin approprié. Les petits maîtres de ces lieux sont partis, laissant derrière eux l’empreinte de leur ardente activité et de leurs jeux. Les femmes se posent en cercle autour de moi. D’emblée je perçois entre elles une douce chaleur, des éclats de bienveillance et de rire ricochant de l’une à l’autre, et aussi en chacune une immense fatigue, des larmes retenues tout au bord, comme un trop plein prêt à se déverser.

Elles me font le cadeau de leur partage, du précieux de leur vie d’auxiliaires puéricultrices, d’éducatrices de jeunes enfants, de cadre de santé. Avec une bouleversante simplicité et vérité, elles me racontent, la lourdeur du protocole sanitaire qui entrave et complique chaque pas de leur travail. Mais surtout le plus douloureux pour elles, combien elles se sentent enserrées et empêchées d’exercer librement leur métier qui les passionne, empêchées de communiquer librement avec ces petits en quête de contact, de tendresse, de relation. Ne pas pouvoir répondre comme elles le sentent à ces élans spontanés et plein de tendresse de ces tout petits qui ne retiennent rien de leur amour est frustrant. Entre elles et les enfants s’érigent comme autant de barrières un masque et mille gestes de protection. Et puis, cette peur qui s’immisce partout…L’une de ces femmes laisse échapper dans un sanglot « J’ai l’impression de ne pas être vraie », une autre confie « j’ai l’impression de perdre pied, à force de confinement, je m’éloigne peu à peu, doute de moi, perds confiance », une autre encore « notre créativité s’assèche  à force de manquer de moyens pour la mise en œuvre », épuisement, découragement, la boîte de mouchoirs circule de l’une à l’autre, les larmes se mêlent au rire, un rire comme une caresse pour adoucir la souffrance enfin libérée d’une poitrine trop chargée.

Et puis, peu à peu, comme un rayon têtu perce les nuages, apparaissent des pépites inattendues, « Heureusement que les collègues sont là, pour se soutenir », une autre rebondit, espiègle « Oui, c’est grâce aux masques qu’on a pu reprendre notre travail malgré la pandémie, nous revoir, revoir les enfants ! », « et quand j’ai une idée un peu fofolle, tout le monde me suit, est derrière pour la mise en œuvre », « c’est sûr, quand l’une de nous a une idée d’activité pour les enfants, tout le monde s’y met ». Les langues se délient concernant les qualités des unes et des autres. Elles reconnaissent ce feu brûlant qu’elles partagent pour ces enfants, moment où chacune contemple et s’émerveille de la puissance de vie chez ces petits, capables d’adaptation, de progrès inouïs, ces petits hauts comme trois pommes, qui sont leurs maîtres, les entrainant toujours en avant. Pour ces enfants, la croissance n’a que faire de la pandémie. Elle suit sa course, sans jamais se laisser arrêter.

« Et puis, ajoute l’une d’elles, nous avons appris à lâcher certaines contraintes pour sauver l’essentiel, pour respirer, ensemble, et c’est bon ».

L’heure vient de nous quitter,

de prendre ce temps de repos bien mérité.

Une femme conclut le visage éclairé d’un large sourire :

« On a tout vidé, et voilà que c’est à nouveau tout plein en nous ! »

La vie est là, à l’œuvre, au beau milieu de nos épreuves. Elle a cependant besoin d’être encouragée d’un regard, d’une reconnaissance, besoin d’être nommée et partagée dans une parole d’espérance. Ce qui était bien là en sommeil devient souffle, force vibrante et joyeuse, contagieuse, une contagion dont rien ne peut stopper la diffusion…

Vraiment, quelle équipe peu ordinaire !

Charlotte GHESTEM, Formatrice agréée PRH

PRH Formation Développement propose une offre de formation et d’accompagnement destinée aux professionnels qui mettent en priorité la valorisation de l’humain et de l’intelligence collective au cœur des organisations sous le nom de marque HUCO

http://www.huco.pro

3 commentaires sur « Tout vide, et à nouveau du plein ! »

  1. Discrète ou expressive de façon débordante selon les moments, la vie est là, toujours !
    Merci pour ce beau partage d’expérience professionnelle !

  2. C’est bon comme un souffle vivifiant de te lire; je me sens prise dans ce regard qui comprend, rejoint, l’autre dans le difficile et permet à l’espérance de pointer son nez et de remplir les coeurs.

    Oui c’est tellement vrai ce que tu dis, merci à toi Charlotte !

    « La vie est là, à l’œuvre, au beau milieu de nos épreuves. Elle a cependant besoin d’être encouragée d’un regard, d’une reconnaissance, besoin d’être nommée et partagée dans une parole d’espérance. Ce qui était bien là en sommeil devient souffle, force vibrante et joyeuse, contagieuse, une contagion dont rien ne peut stopper la diffusion… »

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