Rencontre avec Jacqueline Mazataud, ancienne cadre et manager dans le secteur sanitaire et social (1)

Passer à la retraite a été tout un chemin pour cette femme engagée et chercheuse de sens. Nous lui avons demandé comment une femme active comme elle, a-t-elle vécu ce changement.

Comment avez-vous abordé cette nouvelle étape de vie ?

N’ayant plus de parents et n’ayant pas construit de famille, le travail a représenté un réel ancrage identitaire. A travers mon métier j’avais pris conscience de certaines de mes capacités (force, management, compétences organisationnelles etc.) et j’obtenais la reconnaissance de mes qualités professionnelles ce dont j’avais besoin. J’occupais ainsi une place dans la société, difficile mais rassurante. Cela compensait les doutes que je pouvais ressentir quant à la personne que j’étais en dehors du contexte professionnel.

J’étais une « droguée du travail » totalement engagée au-delà du raisonnable.

J’ai imaginé le passage à la retraite, trois ans avant la date réelle avec appréhension et vertige.

Cette idée engendrait une insécurité totale. J’éprouvais une grande inquiétude quant à mes capacités à trouver un sens en dehors de l’engagement professionnel.

J’ai souhaité faire face en me préparant positivement à ce passage par le biais de temps de réflexion m’aidant à me projeter après le travail de façon constructive.

En effet, j’ai toujours été chercheuse de sens, d’authenticité ayant besoin d’être en recherche de compréhension de la vie, de ma vie et j’ai toujours aimé les challenges. J’ai senti que ce moment de la retraite était essentiel, qu’il pouvait être autant destructeur que fondateur selon la façon dont j’arriverais à le vivre. Il allait représenter un des challenges les plus importants de ma vie.

Une question restait en suspens, saurais-je en faire un moment de création, d’évolution, d’avancée positive sur mon chemin de vie ?

Que s’est-il passé en vous quand vous avez quitté le monde du travail ?

Afin de faciliter le passage, de ne pas perdre pied et dans le but de commencer à prendre soin de moi, je me suis occupée de mon environnement et pendant 5 mois j’ai planifié les travaux de réfection de ma maison. Ces travaux m’ont ramené à du concret et un ancrage.

Le soir du départ en retraite j’ai éprouvé une très grande tristesse et un sentiment de solitude.

Dans un second temps, un immense soulagement est arrivé.

Quitter un contexte professionnel en crise très difficile et conflictuel et cesser mes responsabilités vis-à-vis des équipes et des clients ont été libérateur.

Mon état d’épuisement physique et psychique lié à l’accompagnement de fin de vie de mon père et mon état de santé très dégradé (graves problèmes de dos limitant mes déplacements et activités) m’ont fait comprendre l’urgence du repos.

J’ai pris conscience, au bout de quelques semaines, d’une ouverture à un espace immense, à une sensation d’une grande disponibilité et d’une grande curiosité vis-à-vis de tout.

J’ai éprouvé le désir de mettre en pratique de façon choisie mes compétences, les mettre à disposition de la société sans pour autant rejouer le surinvestissement professionnel. Ayant toujours eu le sens de l’engagement, j’ai eu envie de m’impliquer, de rendre aux autres la chance que j’estimais avoir eue.

M’engager me permettait aussi de répondre au besoin de me nourrir   intellectuellement.

Je me suis sentie prête à développer de façon équilibrée tous les aspects de ma vie : amicale, familiale, les liens sociaux, l’engagement, la transcendance.

J’ai compris qu’il devenait important de ralentir le rythme et de garder un espace-temps pour prendre vraiment soin de moi physiquement et psychiquement.

Ce nouvel état favorisait un positionnement d’ouverture et de curiosité vis-à-vis des propositions de la vie.

Une de ces propositions fut la rencontre avec PRH dans ma première année de retraite, comme un cadeau favorisant l’émergence d’une nouvelle réalité de vie, plus douce et sereine.

Propos recueilli par Philippe Charrier, formateur agréé PRH

 

 

 

4 commentaires sur « Rencontre avec Jacqueline Mazataud, ancienne cadre et manager dans le secteur sanitaire et social (1) »

  1. Douceur et sérénité : un bon programme pour entamer une nouvelle tranche de vie… Recul, relecture, nouveaux choix, un autre rapport au temps …une vraie chance !
    Merci pour ce témoignage plein d’espérance.

  2. Un beau témoignage en toute humilité.
    C’est précieux de voir que la vie n’est pas figée,
    et que, malgré des peurs, chaque personne peut apprendre à écouter son être et vivre en cohérence avec.
    Bravo et merci Jacqueline et Philippe.

  3. Je suis moi-même à moins de 100 jours de la retraite. J’ai effectué au cours d’un temps fort PRH une démarche similaire:
    1) relecture de ma vie active ;
    2) respect de mon agir essentiel, des valeurs sur lesquelles je m’appuie ;
    3) reconnaissance de mes forces physiques et mentales.
    Cette démarche en 3 étapes me donne les outils nécessaires afin de bien vivre ce passage, et là où je pourrai m’engager en évitant de me renier moi-même.

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