Mon sang ne fit qu’un tour !

Au cours d’un dîner amical, une femme pétillante se tourne vers moi avec une curiosité sincère et m’interroge sur ce que je fais dans la vie. Je lui explique en quelques mots que je suis formatrice PRH, et lui décris succinctement l’objet de cette école de formation humaine.

Très intéressée, elle s’exclame alors avec gourmandise et envie :

«  Ah ! Une école pour devenir parfait ! »

A ces mots mon sang ne fit qu’un tour et ma réponse fusa, dans un réflexe d’une étonnante fermeté qui me surprit moi-même :

               « Non, PRH n’est pas une école de formation pour devenir parfait, mais pour devenir vivant ! »

Sur ces mots, la conversation rebondit à l’autre bout de la tablée, évoluant vers d’autres sujets, tandis que je demeurai quelques secondes encore habitée par la douce sensation de ma réponse vigoureuse. Je résolus d’y revenir plus tard, au calme afin d’écouter plus loin sa portée en moi.

Que signifie une telle réponse ? Est-elle juste ?

Je retrouve bien dans ma réaction vigoureuse la trace de mon combat pour me libérer peu à peu de mon perfectionnisme, de ma poursuite d’un idéal dont je souffrais beaucoup, et puis surtout comme une résonnance de mon ouverture sur une autre manière de fonctionner.

Le cheminement que j’ai entrepris à PRH m’a permis de goûter à une toute autre manière de vivre ! En effet, l’expérience et le travail d’analyse m’ont appris à distinguer ce qui est de l’ordre de la tension, de la souffrance qu’engendre la poursuite d’un idéal du « moi-je » (1) et le bon goût de vivre à partir de mon être en son dynamisme de vie. Entre les deux, il n’y a pas photo !

Oui, je peux l’affirmer, PRH n’est pas un état qu’il nous faudrait atteindre mais bien un dynamisme de vie à rejoindre en nous et à vivre de plus en plus.

Je reconnais que cette réalité me fait vivre un retournement complet !Délicieux retournement qui me resitue d’emblée dans le bon sens, axée dans le sens de ma vie en son essentiel. Comme mise sous orbite pour un lancement vers mon déploiement.

Quel soulagement de pouvoir vivre, m’épanouir, progresser jour après jour sur mon chemin sans l’exigence et la pression qu’exerce parfois l’idéal du moi-je!

Me revient la remarque très pertinente d’une jeune stagiaire :

« Comment pourrais-je vivre et agir en fidélité à qui je suis, puisque ce que je veux être, je ne le suis pas encore ? »

Vous me suivez ? C’est d’une logique implacable ! Sauf qu’il ne s’agit pas ici de « vouloir » être quelqu’un, à partir d’une ambition du moi-je, mais bien d’apprendre à accueillir jour après jour la vie de notre être en ses aspirations, et de choisir de vivre et agir à partir de celles-ci.

Tout est donné, tout est là au tréfonds de soi, en potentialités !

Ce que nous sommes chacune et chacun en profondeur, en notre identité unique, tout est déjà présent en nous sous forme de potentialités. Rien ni personne ne peut supprimer ces richesses en notre être, et nous n’avons rien à « fabriquer » par nous-même. Il nous revient cependant la belle responsabilité de les mettre au monde, de les actualiser. Nous sommes seuls responsables de dégager cette source de vie inépuisable de notre être, responsables de reconnaître nos potentialités qui cherchent à se déployer, responsable d’y croire et d’oser poser les pas possibles d’aujourd’hui dans le sens de leur déploiement !

Quel magnifique et juste programme pour chacun d’entre nous !

A l’écoute de ce courant de vie en moi, suivant sa course au pas à pas, je reçois chaque jour juste ce qu’il me faut pour grandir et être heureuse, passionnée de découvrir toujours plus profondément les trésors de mon être et d’œuvrer à les dégager et à les actualiser en lien avec d’autres.

Charlotte GHESTEM, animatrice agréée PRH

(1) « Moi-je » : instance de la personne ressentie au niveau de la tête, où fonctionnent l’intelligence, la liberté et la volonté.

 

15 réflexions sur “ Mon sang ne fit qu’un tour ! ”

    1. Pour celles et ceux qui souhaiteraient approfondir ce sujet par un stage PRH, je vous suggère, entre autres, le beau stage » Me vivre plus harmonieusement »

  1. Magnifique témoignage, clair, limpide. Merci Charlotte! Oui c’est bien devenir de plus en plus vivant dont il s’agit .

  2. Avec quelle belle justesse, tu nous partages ton expérience.
    De quoi éveiller nos soifs profondes, de quoi aussi éveiller le désir de se vivre en  » bon ordre »! merci!

  3. Oui, vivre la vivance de notre être.
    Merci pour ce beau témoignage et cet éveil à ne pas confondre perfectionnisme et vivance de l’être.

  4. La réponse de cette « dame pétillante »: »Ah!une école pour devenir parfait! » n’est – elle pas un raccourci de langage ?

    En effet l’être humain n’est – il pas toujours en recherche de perfection ,d’idéal? N’est -ce- pas ce qui le fait vivre ?Moyen pour échapper à la « platitude  » de la vie ,à l’Ennui ?

    Il est vrai que ces mots de votre article ,Charlotte,sont très importants:
    « Accueillir,jour après jour,la vie de notre être en ses aspirations… »
    …Ô combien cet accueil est parfois difficile ,quand vivre c’est mourir à tant de vécus heureux,aimants et riches, qui, en vieillissant, deviennent des manques de plus en plus nombreux…avec le risque de s’y noyer!
    Alors ,les fruits récoltés avec le travail PRH deviennent nos points d’appui,à savoir notre solidité intérieure,nos valeurs,points d’appui qui adoucissent ces manques irréversibles, et qui avec le temps et des temps de silence nous invitent à retoucher à nos aspirations…Croire encore à nos potentialités bien vivantes « oser poser les pas possibles ,aujourd’hui dans le sens de leur déploiement « ,ces paroles sont justes,Charlotte,et plus personnellement,c’est retoucher à un idéal et son lot de joies, de souffrances ,énergie à déployer,où mon « moi – je  » s’impliquera fortement de manière ajustée et harmonieuse…

    Alors PRH, une école pour devenir parfait ?Peut être pas,mais une école pour cheminer vers une vie toujours « perfectible  » en accord avec nos valeurs.

    Aussi,MERCI à vous , nos guides talentueux ,pour le chemin aidant que vous nous proposez .

    Françoise

    1. Merci Françoise, pour votre beau partage-témoignage ! Et il est vrai que sous nos désirs de perfection se cache bien souvent une belle aspiration à vivre plus, à aller toujours plus de l’avant ! Reste à se prendre à partir du bon lieu en nous pour avancer….

  5. Merci Charlotte !
    Dans quel élan tu me mets avec ton témoignage.
    Oui, quelle belle responsabilité que celle de s’occuper de ses richesses

  6. Si vous remplacez l’idéal d’être parfait par l’idéal d’accueillir ce qui est vivant en nous, que faire alors de tous les sentiments négatifs qui habitent aussi en nous (de ce que la psychanalyse appelle la pulsion de mort) ?

    1. Bonjour Claire,
      Oh oui, c’est juste ! Nous sommes aussi habités de toutes nos lourdeurs, de nos limites, et de nos sentiments négatifs. Il est essentiel d’en avoir conscience, de les regarder en face. Cependant, mon expérience est la suivante: Lorsque je ne regarde que cela en moi et que je cherche à lutter contre de manière frontale, mes efforts se soldent par un échec et beaucoup de découragement. En revanche, lorsque, lucide de tout ce qui me tire vers le bas, je choisis de mon tourner vers la vie de mon être en ses potentialités et son dynamisme de vie, je remarque que je retrouve des forces renouvelées et que faire ce choix de vivre à partir du meilleur de moi, fait reculer chaque fois un peu plus mes mauvais fonctionnements. Bien entendu, ce combat est à mener chaque jour et surtout, je ne peux pas le mener seule ! J’ai besoin d’être soutenue par de personnes engagées elles-même sur ce chemin de vie, j’ai besoin de vivre des relations vitalisantes !!!

  7. Merci Charlotte pour ces mots si justes et pleins de ton vécu et de l’expérience partagée de PRH… mettre au monde, me mettre au monde… cela me parle et me rejoint en profondeur A bientôt

  8. Merci Charlotte pour ce témoignage plein d’élan qui me rejoint dans mon dynamisme de vie.
    J’aime cette parole :
     » PRH n’est pas un état qu’il nous faudrait atteindre mais bien un dynamisme de vie à rejoindre en nous et à vivre de plus en plus. »
    Je suis encouragée à quitter l’idéal du moi-je pour entrer de plus en plus dans l’accueil de ce que je vis, dans l’accueil de qui je suis; chemin de rééducation qui me vitalise car plus rien n’est à laisser de côté, plus rien n’est à mépriser de mon vécu intérieur. Je n’ai pas à me tirer dessus mais simplement à être de plus en plus….

  9. « Pourquoi chercher à être quelque chose quand on peut être quelq’un? »cette phrase de Zundel me revient à la lecture de votre témoignage, Charlotte, si « Vivant ».
    En effet qui est »ce Vivant en moi »?
    Dés La conception, pour moi, être Vivante était être « Avec », relation une Avec mon jumeau perdu in-utéro ( les grossesses gémellaires sont plus fréquentes qu’on ne le croit), c’était la circulation, Le courant de vie à Vie entre lui et moi: j’ai gardé de cette relation unique un goût si fort, si pregnant que je continue , imperceptiblement, non plus aujourd’hui à rechercher encore et encore ce « tout proche », Mais à rechercher « cet ètat » de relation parfaite, d’intimité, de complicité, harmonie donnée, sans mots ni « pourquoi »….
    Voilà un « idéal »de perfection subtil,une référence imprimé par un deja vécu, un connu merveilleux qu’il me faut lâcher….pour être en mesure de m’ouvrir au réel d’aujourd’hui, au possible parfois encore inconnu.
    Sortir de mes contrôles, mes enfermements, ne plus fermer les yeux par peur de souffrir , consentir à laisser venir La Vie dans toute sa largeur , sa générosité, sa Beauté, m’ouvrir ainsi à la relation « autre », inconnue, neuve…
    Lâcher ainsi cette quête reconnue stérile, conscientisée, laisser se de-faire ces tensions, pour habiter ma Vie au présent, dans son immmediateté, être dedans, m’y déposer, m’y reposer, y demeurer, passer du tout proche avec le jumeau au tout proche avec moi même, en goûter l’unicité….ainsi me « sentir Vivante de qui je suis, en lien », laisser ma Vie rayonner de ses racines…
    Beauté, Vie et Relation seraient -elles indissociables?

  10. Ton analyse, Charlotte, me met en joie. Tu nous permets de ne pas nous tromper d’objectif. La pente du perfectionnisme est si savonneuse ! mais tellement insatisfaisante. Alors que la perspective de devenir une vivante colore mon horizon, donne du goût à mes journées et sens à ma vie en relation. Ton « sang n’a fait qu’un tour », dis-tu, comme il invite le mien à faire demi-tour encore et toujours ! Je dis merci à ce clin intérieur que tu as reçu pour faire cette réponse à ton interlocutrice, et à toi qui nous le partages.
    Anne

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