Travailler sur le savoir-être commence par une prise de conscience

Rencontre avec Virginie Cornet-Bucher

Le savoir être renvoie à notre personnalité profonde, à notre éducation, à nos valeurs. C’est pourquoi le faire évoluer n’est pas aussi facile que de faire évoluer des savoir-faire, rappelle notre invitée, spécialiste du coaching en entreprise.

Qu’est-ce pour vous, le savoir-être ?

  1. Cornet-Butcher : le terme « savoir » renvoie à la connaissance, le mot « être » au soi, à la personnalité, telle qu’elle s’est forgée au fil de la vie et des expériences traversées. Dans le savoir-être, on est au niveau de l’identité, des valeurs personnelles, et de ce que la personne en projette à l’extérieur. Très souvent derrière les savoir-faire, figure cette dimension qui se rattache à l’être. Par exemple, la délégation est un savoir-faire que l’on peut acquérir, mais une personne qui est beaucoup dans le contrôle au niveau de son être risque d’avoir toujours du mal à déléguer.

Quelles sont ses manifestations ?

  1. C-B. : Il se traduit dans les relations essentiellement sous forme de comportements, mais aussi d’attitudes, qui révèlent nos croyances, nos sentiments. C’est ce qu’on fait passer de sa personne même sans le formuler et qui fera, par exemple, que les autres ne vont pas se sentir respectés. On peut acquérir un savoir-faire relationnel. Par exemple, on peut apprendre l’écoute : comment se centrer sur l’autre, la capacité à reformuler ce qu’il a dit, etc. Mais s’il n’y a pas derrière une attitude intérieure, une réelle attention, si la technique n’est pas en phase avec les motivations de l’écoutant, elle ne fera pas illusion. Parfois on a vraiment l’intention, mais pas les comportements qui correspondent. Il faut les deux, une cohérence pour que puissent se déployer les aspects positifs du savoir-être : le respect des autres, la capacité à développer un climat d’échanges, reconnaître l’autre et se faire reconnaitre aussi, nouer des relations constructives.

Comment s’y prendre pour grandir en savoir-être ?

  1. C-B. : Il faut d’abord cette prise de conscience. Souvent, ce sont des expériences de vie ou les réactions des autres qui nous y amènent, en nous obligeant à des remises en question. Mais ça ne suffit pas toujours. Il faut aussi avoir envie de changer, en retirer des bénéfices. Et, une fois que l’on est motivé, encore faut-il posséder les savoir-faire : critiques constructives, savoir dire non, s’affirmer sans agressivité ni manipulation. C’est pourquoi, il n’existe pas de recette toute faite. Il faut identifier le nœud des problèmes – au niveau de la prise de conscience, de la motivation, ou des savoir-faire ? – et appuyer sur les bons-leviers. Le coaching porte souvent sur le savoir-être et les résultats sont parfois très surprenants. Le fait de prendre du recul, de se poser les bonnes questions, d’être en phase avec ses motivations, ses propres valeurs… permet de découvrir pour soi ce qui va marcher, dans l’environnement où l’on se trouve. Pour moi, le développement personnel, c’est d’abord se poser les bonnes questions pour trouver une zone d’interaction entre les objectifs de la personne et ceux de l’entreprise.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

  1. C-B. : Une personne de 38 ans, cadre supérieur, a vraiment fait évoluer son management vis-à-vis de ses équipes le jour où elle a compris la façon dont elle était perçue. Elle a pris conscience que son souci de résultats, d’efficacité, avait des conséquences au niveau humain. Que toute la pression qu’elle mettait sur elle-même et sur les autres n’était peut-être pas nécessaire et ne l’aidait sans doute pas à réaliser ce qu’elle voulait. Elle a fait un gros travail de prise en considération des autres et beaucoup de choses ont évolué, y compris pour elle, au niveau de la gestion de son stress. Elle a commencé à prendre soin d’elle et des autres et ses collaborateurs ont également changé en réaction.

Propos recueillis par Marie-Christine Colinon

Extrait de la lettre PRH N° 24 de décembre 2003 « le savoir être : une compétence indispensable dans la vie professionnelle ? »

Un commentaire sur « Travailler sur le savoir-être commence par une prise de conscience »

  1. Merci pour cet article très intéressant !

    Ce qui me rejoint plus particulièrement :

    Le savoir être c’est ce qu’on fait passer de sa personne même sans le formuler.
    On peut acquérir un savoir-faire relationnel. Par exemple, on peut apprendre l’écoute : comment se centrer sur l’autre, la capacité à reformuler ce qu’il a dit, etc. Mais s’il n’y a pas derrière une attitude intérieure, une réelle attention, si la technique n’est pas en phase avec les motivations de l’écoutant, elle ne fera pas illusion.
    Il faut les deux, une cohérence…

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