Marie Gambiez : 3 semaines chez les Maasaïs

Marie Gambiez, qui travaille avec l’outil PRH depuis 2012, rentre d’un séjour en Afrique auprès du peuple Maasaï. Elle nous raconte combien la formation lui a permis de vivre ce séjour avec une association d’une manière toute particulière.

PRH : Pouvez-vous nous dire en quelques mots qui vous êtes ?

Marie Gambiez : Je suis mariée, mère de cinq enfants et grand-mère de dix petits-enfants. J’ai longtemps été au foyer pour élever mes enfants, et je suis encore très investie auprès d’eux. J’ai connu la formation PRH en 2012 et ma vie en a été modifiée. L’outil PRH m’aide à me connaître, à mettre de l’ordre en moi. Mon regard sur les autres se modifie. Disons que, grâce à PRH, je peux maintenant croire au dynamisme de vie à l’œuvre, en moi comme chez les autres.

PRH : Dans quelles circonstances êtes-vous partie en Afrique ?

Marie Gambiez : Ma sœur est engagée dans une association qui vient en aide au peuple Maasaï. Elle m’a proposé de partir avec elle pendant trois semaines, en janvier dernier, et j’ai accepté. Mon désir était d’accompagner les bénévoles de l’association dans leurs activités sur place (visites, suivis de travaux, formation). Je voulais avancer avec elles et bien sûr aller à la rencontre de ce peuple et partager des moments avec lui.

PRH : En quoi PRH a-t-il eu une influence sur votre manière de vivre ce voyage ?

Marie Gambiez : En prenant contact avec ce nouvel environnement j’ai été très frappée par le dénuement rencontré à tout instant, j’en avais le cœur serré et de nombreuses questions me venaient quant aux véritables besoins du peuple Maasaï. Cela me mettait mal à l’aise, j’avais des sensations très mélangées, émerveillement, joie, tristesse…

Je pouvais me laisser submerger par un mal être, mais je sentais en moi le besoin de sortir de ce brouillage qui m’empêchait de m’ouvrir aux différentes rencontres, à être présente, à poser un regard sur le positif. En m’appuyant sur la force de vie en moi, j’ai retrouvé la paix, le bonheur d’être là. Sans cette manière de me vivre je n’aurais pas cueilli et goûté autant la richesse de ce peuple.

J’ai expérimenté aussi ma capacité à me recentrer dans des situations difficiles. Je me souviens d’une femme avec ses enfants croisés dans un village. Cette femme, dans la misère, m’a jeté un regard empli de détresse qui m’a bouleversée. Je l’ai regardée à mon tour, pleine de compassion -je ne pouvais pas faire grand chose d’autre. Le lendemain quand je me suis réveillée j’avais encore gravé en moi ce regard, j’ai senti que je ne pouvais pas rester ainsi. J’ai choisi de me tourner vers la nature,

j’ai admiré le Kilimandjaro, les fleurs, je me suis laissé toucher par la beauté pour me vitaliser. Je n’en n’oubliais pas moins ce dénuement, cette misère, mais cela ne m’empêchait plus de vivre, à partir du meilleur de moi, sans me laisser submerger.

Je crois aussi que je n’aurais pas regardé les Maasaïs de la même façon sans PRH. J’ai pu laisser de côté mes préjugés, mes raisonnements d’européenne, mes idées toutes faites sur ce que nous leur apportions. Je les ai vus dans leurs richesses, j’ai été émerveillée par leur proximité avec la nature, pour laquelle ils ont un respect extraordinaire que nous avons perdu, en Occident. Ils ont un remarquable savoir faire dans l’art de vivre avec leur bétail et la faune environnante.

PRH : Qu’est-ce qui vous a marquée dans votre rencontre avec le peuple Maasaï ?

Marie Gambiez : Les Maasaïs sont des gens qui ne possèdent pas grand chose: ils ont une maison sans meuble, avec un feu pour cuisiner et des peaux de bêtes posées sur un bâti de bois pour dormir- et ils sont gais, heureux, toujours prêts à partager le peu qu’ils ont. Leur joie de vivre m’a beaucoup frappée. Leur seule richesse, ce sont les troupeaux. Ce sont des éleveurs nomades qui vivent du lait, du sang et de la viande de leurs animaux. La difficulté aujourd’hui, c’est qu’on cherche à les sédentariser et à les priver de leurs terres pour en faire des réserves pour safaris.

Ce qui m’a aussi frappée, c’est leur rapport au temps. Alors qu’en occident, le temps file, on lui court après, les Africains, eux, ont le temps, ils sont dans le moment présent. Je me souviens d’une femme dans un village qui nettoyait sa calebasse avec un bâton de bois. Ses gestes étaient d’une grande précision, gestes mille fois répétés, au goût de tâche accomplie, comme si elle n’avait que cela à faire. Maintenant, quand je suis dans mes activités du quotidien, je pense à elle. Je m’efforce d’être présente à ce que je fais et quand je perds le fil, j’y reviens. Oui depuis mon retour, je goûte plus les petites tâches répétitives et cela m’aide à être davantage présente à moi-même. Je découvre le bonheur de faire bien ce que j’ai à faire. Et je reste vigilante : j’ai d’ailleurs développé et agrandi la photo de Mary et sa calebasse que j’ai accrochée dans mon bureau !

Ce qui m’a étonnée enfin, chez les Masaïs, c’est qu’il n’y a pas de prise de pouvoir par les uns ou les autres. Leur société est répartie en tranches d’âge dont chacune a un porte-parole. Ce sont les anciens qui décident, après de nombreuses palabres. C’est une manière assez sage de faire.

PRH : Comment avez-vous pu échanger avec les Maasaïs ?

Marie Gambiez : C’est une bonne question car je ne connais pas leur langue ni l’anglais, que parlent désormais les jeunes. J’ai pu échanger par les regards et par des moments particuliers, comme une danse avec des femmes d’un village qui a été un moment fabuleux. Quand nous sommes arrivées, les femmes sont venues vers nous, elles ont voulu nous rencontrer et nous ont invitées à danser. Nous nous sommes laissé embarquer dans le bonheur de leur danse, dans les rires, les chants. C’était un moment gratuit de connivence, sans mots, à travers le corps, les regards, le sourire, la voix dans les chants. Un moment de cœur à cœur, un vrai cadeau pour moi.

PRH : Qu’est-ce que ce voyage a changé dans votre vie ?

Marie Gambiez : Je m’efforce d’être davantage dans le moment présent, comme je l’ai dit. Leur désintérêt de l’avoir, allié à leur joie de vivre, me travaille beaucoup. Comment faire pour m’alléger ? Comment me débarrasser du superflu ? Je n’ai pas encore trouvé de réponse mais c’est un questionnement qui fait son chemin en moi.

Cela me fait aussi réfléchir sur l’aide que les Occidentaux apportent aux Masaïs. Nous ne leur offrons que des biens matériels. Comment ne pas les embarrasser de choses qui ne les rendront pas heureux ?

Je fais le rêve qu’ils trouvent ensemble leur propre chemin.

Propos recueilli par Marie-Pierre Ledru, Formatrice agréée PRH

 

 

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4 commentaires sur « Marie Gambiez : 3 semaines chez les Maasaïs »

  1. Merci Marie et Marie-Pierre ! J’entends ton cœur Marie ouvert, touché, rejoint, émerveillé, ramené à l’essentiel, au temps présent, à la qualité des regards, à la joie d’une danse partagée, à la sagesse d’une vie reliée à la nature, au respect de chacun. Je me sens rejointe dans mon aspiration à me dépouiller du superflu, à me rendre présente à l’instant donné juste maintenant. Rejointe aussi dans mon aspiration : que toute personne soit respectée dans sa dignité. Grand merci à toutes les deux pour ce bel article inspirant !

  2. Bonjour
    Et Merci pour cet Interview très intéressante.
    Rester dans le moment présent, se libérer du superflu et, surtout, ne pas en encombrer autrui, repérer la joie et ce qui met en joie, proximité et respect pour la nature, faire société en partageant le pouvoir … que de belles et sages valeurs !
    Les Maasaïs auraient-ils plus à nous apporter que nous en aurions pour eux ? En tout cas, ils semblent détenir des clés essentielles dont notre attention au confort matériel nous aurait détourné et auquel il serait probablement sage que nous nous reconnections.
    Dommage toutefois que Marie ne nous précisa pas dans cet interview si et comment son ressourcement au contact de la nature a pu changer son rapport à la femme dont le regard de détresse avait touché sa sensibilité.
    Elle dit être arriver à « vivre, à partir du meilleur d[‘elle], sans [se] laisser submerger. » J’aurai aimé en savoir plus au niveau concret de son vécu dans le contact avec cette femme ou d’autres manifestations de la misère décrite dans cet article, d’autant que son expérience me rappelle une des miennes dans un contexte et sur un sujet très différent ou, de la même façon, rejoindre le meilleur de moi, m’a permis de dépasser mes réactions sensibles pour retrouver une considération positive déconditionné de mes blessures et un état d’être pacifié, confiant et aimant.
    C’est une expérience que je dois à PRH et que je souhaite à tout un chacun de vivre car c’est une source et même une ressource d’espérance très vivifiante, inspirante et et que j’imagine transposable.
    C’est un peu comme une Pâque intérieure et personnelle ?
    Alors, belles Pâques à tous,
    François

  3. « cela ne m’empêchait plus de vivre, à partir du meilleur de moi, sans me laisser submerger ». Moi aussi j’aurais aimé que Marie en dise plus sur « beauté de la nature/revitalisation/ne plus se sentir submergée par le regard de détresse de la femme ».

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