Vivre une autorité constructive, qu’est-ce que c’est ?

Régulièrement, je suis témoin de moments de vie familiale se déroulant dans un magasin, où un enfant exprime, avec parfois insistance, l’envie de quelque chose à son parent, qui doit alors se positionner face à son enfant… : une situation parmi beaucoup d’autres, où le parent est appelé à vivre son autorité et ce n’est pas toujours simple…

Vivre alors une autorité constructive, qu’est-ce que c’est ?

et qu’est-ce que ça suppose de la part du parent ?

Lorsque l’on aborde cette question de l’autorité, le risque existe de tomber dans deux excès : le manque d’autorité, ou laxisme ( par exemple dire « oui » pour éviter de faire vivre la frustration à son enfant et de subir un épisode de colère) et l’excès d’autorité qui serait une sorte d’autoritarisme ( dans cet exemple, nier sa demande, lui répondre par une parole qui ferme tout échange).

Or, l’autorité constructive n’est ni de l’autoritarisme, ni du laxisme.

L’autoritarisme est une manière d’être ou de faire où l’adulte soumet l’enfant, applique des principes avec rigidité, sans souplesse et surtout sans aucune ouverture et sans écoute de ce que vit l’enfant. L’autoritarisme s’impose et s’accompagne souvent de punitions et de reproches.

Cette manière de faire était largement en vigueur avant « mai 68 » et avant que n’intervienne l’apport majeur de F. Dolto affirmant l’enfant comme une personne, un être à part entière, avec des idées, des désirs…

Cette éducation rigide, qui nie l’être de l’enfant, hante bon nombre de parents d’aujourd’hui ; un certain nombre en a fait l’expérience et veut éviter absolument de reproduire pour ne pas faire souffrir leurs enfants. Et le piège est de tomber dans l’extrême inverse : le laxisme.

Le laxisme est une manière de laisser tout faire, sans barrière, sans cadre et sera vécu par l’enfant comme quelque chose de très insécurisant, un manque de repères, voire un manque d’amour, d’intérêt pour lui. Les conséquences peuvent être très dommageables au regard de sa croissance de l’enfant, de sa relation aux autres et de son insertion dans la société.

L’autorité constructive allie fermeté et souplesse : l’adulte est ouvert à l’enfant (ou au au jeune), à ce qu’il vit; il est capable d’écoute et de compréhension. Il tient compte de l’altérité de son enfant, tout en se référant à ses valeurs de parent, à ce qui est essentiel pour lui. Dans certains cas, il lui arrive de poser clairement des limites à respecter.

Exercer son autorité constructive demande de veiller à la qualité de la relation, qui ne peut se résumer uniquement à l’exigence ou au reproche. Une bonne relation demande de passer des temps de qualité avec son enfant ou son adolescent, des temps de communication, où le parent est habité de respect, et de reconnaissance. Ces attitudes aideront l’adulte à accueillir les manifestations d’opposition et de rejet caractéristiques de l’adolescence. Il est important que les parents soient conscients de cette étape incontournable (que Françoise Dolto décrit très bien dans « Le complexe du Homard ») où le jeune, en recherche de sa personnalité, et pour accéder progressivement à son autonomie, va mettre de la distance à l’égard de ses parents. Cela se fera d’autant plus facilement si l’adulte est conscient de cette étape, cherche à comprendre, est capable d’écoute et désire la croissance harmonieuse et l’autonomie de son enfant. Cette étape peut être éprouvante lorsqu’elle s’accompagne d’agressivité, de colère, voire de violence, ou de rejet. Cependant l’adulte a à s’exprimer et à rester fidèle à ses convictions, à ce qu’il sent, au fond de lui, de bon et de juste. Il s’agit de chercher à la fois à respecter les choix de nos jeunes, tout en vivant le respect de soi et de ses valeurs, comme parent.

Comment progresser pour vivre une autorité constructive ?

Progresser dans une véritable autorité constructive est un réel travail pour nous parents qui nous renvoie à notre propre croissance d’homme, de femme… et ce n’est pas étonnant, car la croissance dure toute la vie ! Il va s’agir de progresser en solidité personnelle, en maturité affective et en capacité à se référer, en situation, à sa conscience profonde.

Tout cela peut sembler une gageure, un idéal inatteignable pour certains parents en prise aux difficultés d’accompagner leurs enfants. Il est normal de rencontrer des difficultés lorsqu’on accompagne ses enfants : il s’agit pour les parents d’être en recherche de ce qui va aider l’enfant à grandir, plutôt que de se juger ou de culpabiliser. La recherche d’une autorité juste est souvent un vrai travail où nous n’avons pas de modèles tout faits ! Pour avancer il est souvent bénéfique de se faire aider lorsque les difficultés durent ou sont récurrentes.

Il demeure que l’éducation est un enjeu de taille pour que nos enfants deviennent des adultes construits, solides, aimants et autonomes, capables d’occuper leur place dans le monde.

Eduquer n’est pas inné : cela s’apprend, cela demande d’en prendre les moyens. Ces moyens existent à PRH : à travers des stages (« Aider mes enfants à grandir », et « Exercer mon autorité de manière constructive ») ou des entretiens d’aide, on peut devenir, non pas des parents parfaits, mais comme le disait le psychanalyste anglais Winnicott, « des parents suffisamment bons ».

Marie-Odile CROZAT, Formatrice agréée PRH 

4 commentaires sur « Vivre une autorité constructive, qu’est-ce que c’est ? »

  1. Merci Marie-Odile, c’est tres stimulant pour moi de te lire. Effectivement telle est mon aspiration à moi aussi d’aider mes fils à devenir autonomes mais ce n’est pas de tout repos, surtout quand je dois les frustrer..
    mais quelle merveille de les voir avancer dans leur vie ..

  2. Merci Marie Odile pour cet excellent apport sur l’exercice de l’autorité : ça donne des repères ! Je vais faire passer cet article a certains parents pris en effet dans la peur d’imposer a leurs enfants ce qu’ils ont vécu eux-mêmes , et qui ont du mal avec les limites a donner.

  3. Merci Marie Odile pour cet article très clair que je vais transférer à de jeunes parents d élèves et des collègues car c est valable aussi pour la relation enseignant élève . En tant que prof cela m est utile aussi car le dérapage peut se produire quand les réactions de certains élèves me déstabilise ou m insecurise ou quand le contact est plus difficile . Quand l enseignant a une autorité ajustée et constructive le climat de la classe est paisible et tire les enfants vers les haut .ils ont le goût d apprendre et de connaître . Leurs relations entre eux sont respectueuses car ils se sentent respectés par le prof.

  4. Comme jeune parent je me suis trouvée prisonnière du paradigme post-68: fermeté-tendresse! Double attitude que je n’etais capable ni de comprendre en profondeur, donc de la vivre! Que voulait dire fermeté? Re-pères? Limites? Repères de quoi? Pourquoi?
    KGibran dans ses écrits du Prophète, est venu m’éclairer, comme renforcer une intuition de fond alors déviée par ce que je vivais comme “principes” extérieurs à moi….
    “ Nos enfants ne sont pas nos enfants. Ils sont filles et fils du Désir de Vie qui est en eux”
    Cette Vie a-t-elle donc besoin d’etre “éduquée” ou “accompagnée “?
    Tardivement j’ai pu entamer et poursuivre un travail sur ma propre croissance/guérison….alors ai-je pu mieux saisir, comprendre ce que sont les lois de la croissance à l’oeuvre en moi-même et donc en chaque enfant ….
    S’agit-il “d’avoir” de l’autorité ou “d’ être” une autorité capable d’accompagner (avec toutes les limites qui peuvent être les notres), d’observer, d’ecouter attentivement cette Vie unique qui grandit, se déploie en cette personne unique qu’est l’enfant?
    Le “bon” jardinier connaît les lois de la nature, tout en respectant le terreau qui est le sien, le climat, la spécificité de chacun de ses plants, leurs besoins différents d’eau, de soleil, de taille…
    S’agit-il de “donner” des repères ou d’aider l’enfant à se mettre à l’écoute de ses contours propres, de ses forces et de ses limites, des valeurs qui sont déjà en lui et qui lui seront d’autant plus accessibles que nous parents, arrivons à vivre les nôtres le mieux que nous le pouvons?
    L’art d’etre parents est certainement ce qu’il y a de plus joyeusement difficile!
    Cela nous renvoie, humblement et sans cesse, à notre propre art de vivre….là où nos enfants deviennent nos “maîtres “….en émerveillement!

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