Au pied de la montagne

Au pied de la montagne je regarde le sommet et je chancelle, déjà. La force me manque, le découragement m’ôte toute mon énergie. Pourquoi me lancer ? Je n’y arriverai pas. C’est trop haut, trop dur, trop fatiguant. Je doute de moi et de mes capacités. Voilà une façon de regarder la montagne, ou tout objectif que j’ai envie d’atteindre. Une vision qui paralyse. Et qui a été la mienne pendant tant d’années.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJusqu’au jour où, au détour d’une formation PRH, j’ai entendu une petite phrase qui a changé mon regard. « Chaque jour, je regarde le bout de mon soulier et le lendemain, je recommence. » Cette citation d’André Rochais, le fondateur de PRH, fut comme une révolution intérieure pour moi. Evidemment ! Pourquoi regarder le but ? Pour gravir une montagne, on fait un pas, puis un autre, et ainsi de suite, jusqu’à atteindre le sommet. L’ascension n’est finalement qu’une suite de petits pas, posés à son rythme, encouragés par des pauses, une rondelle de saucisson ou un morceau de chocolat qui n’ont jamais eu aussi bon goût, d’ailleurs. Un pas après l’autre. Cette phrase est devenue mon guide au quotidien, mon mantra, mon phare, quand le perfectionnisme obscurcissait à nouveau mon monde intérieur. Un pas après l’autre. Revenir à cette réalité m’apaisait, me canalisait. « Ne regarde pas l’objectif, concentre-toi sur le pas à pas. » C’est ainsi que je me suis rééduquée en osant croire à mon potentiel et me risquant à poser des pas d’existence. Un pas, puis un autre…

Aujourd’hui, à mesure que je suis capable de déceler l’intelligence de la vie à l’œuvre dans mon cheminement et dans celui des personnes, ce pas à pas se précise. Ce n’est finalement pas exactement un pas après l’autre mais c’est plutôt : ‘quel pas ai-je à faire aujourd’hui ?’ Juste celui d’aujourd’hui : je ne regarde même pas le pas de demain car celui de demain dépendra de celui que je fais aujourd’hui. Alors je lâche toutes mes représentations, mes projets, mes attentes sur moi et je me mets à l’écoute de ma conscience profonde : quel acte ai-je à poser pour demeurer fidèle à moi, et fidèle au mouvement de la vie que je choisis consciemment de rejoindre ? Quand je parviens à me mettre dans cette attitude, la réponse vient alors simplement, sous forme d’intuition ou d’invitation respectueuse de moi, de mes forces, de mon état intérieur. Et cette réponse, j’en fais l’expérience, me conduit plus loin, car elle m’ouvre à un nouveau, une possibilité que je n’avais pas envisagée et qui, à son tour, me fait bouger, un peu. Et c’est à partir de ce mouvement intérieur que je me laisse guider, de pas en pas.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJusqu’au sommer de la montagne ? Heureusement que non ! Il y a peu de chances que je sois un jour coincée sur ce pic à l’assise étroite et tellement inconfortable ! Et j’ai, de mon côté, lâché l’idéal d’y parvenir. Aujourd’hui, c’est le chemin qui m’intéresse. Pas davantage.

Marie-Pierre Noguès, collaboratrice PRH

12 réflexions sur “ Au pied de la montagne ”

  1. J’apprécie de jour en jour que c’est bon et tellement respectable, d’aller à mon rythme; de me respecter , de sentir que je fais mon chemin comme je peux, avec ce que je suis .
    Merci Marie- Pierre pour cette leçon de sagesse, et d’humilité.
    Jean – François

  2. l’idée du chemin me plait et me dire que « je suis en chemin » a bon goût aussi car nous avançons sur notre chemin de vie. Et si nous posons nos actes quotidiens à partir du meilleur de nous, notre être, nous prenons plus de densité, nous existons davantage et nous rayonnons encore plus… une idée d’affirmation de soi aussi. Alors l’idée des PPP (progrès par petits pas ) que j’utilise souvent en entreprise me parle davantage aujourd’hui. Merci

  3. Bonjour Marie-Pierre,

    Et merci pour ce partage en humilité qui rejoint en moi une expérience assez récente de clarté intérieure que j’aimerais partager et pour laquelle j’éprouve de la gratitude.

    J’avais alors la chance rare d’être accompagné dans un discernement par deux collègues au cours d’une journée de pratique et d’échange selon une approche basée sur les ressentis corporels, donc proche de PRH par son cheminement et la notion de conscience profonde que Carl Rogers, l’inspirateur d’André Rochais, nommait le lieu d’évaluation interne, et libre, toutefois, de tout schéma comme celui de la personne avec ses différentes instances.
    Et ma chance fut amplifiée du fait que l’une se centrait plus sur mon discours verbal et les objectifs que j’y mentionnais pendant que l’autre se centrait plutôt que le non verbal et ce que Rogers appelait la tendance actualisante, notion que l’on peut apparenter au dynamisme de croissance de l’Être. (Je suis content de faire ses rapprochements qui donnent de la cohérence pour moi entre la grille de lecture de PRH et les approches que je pratique, merci de m’en donner l’occasion par ce partage et le blog qui me permet de le commenter).

    Pour revenir à mon expérience, je dirais que ce double accompagnement m’a permis de me sentir à la fois en sécurité sur la prise en compte et le suivi de mes objectifs donné par mon moi-je et porté par le dynamisme de mon être, ce qui libérait ma sensibilité e tout encombrement et, du coup m’offrait une grande clarté intérieure.
    Par ailleurs, l’objet de cet accompagnement étant de faire un point assez global sur mon cheminement actuel, donc très en lien avec les notions de pas et d’objectif relaté dans votre article, j’ai bien réalisé intérieurement, grâce à cette grande clarté intérieure, que ma visibilité s’arrêtait à quelques pas et qu’il était inadapté de chercher à voir plus loin, que je pouvais confier cela à plus grand que ce que mon moi-je était en capacité de percevoir sur le moment. Cela s’imposait à moi comme une évidence heureuse, me donnant la sensation joyeuse d’être à ma place, sur mon chemin et que c’est cela qui importe.

    Et tout en relatant mon expérience, j’entends une invitation qui se fait en moi à ne plus céder à l’illusion d’avoir à atteindre le sommet d’une montagne, élaborée par mon moi-je, voire à remettre en cause les objectifs que je me donne à la lumière de mon discernement intérieur.
    Merci donc pour ce partage dont j’entends l’écho à l’intérieur de moi par cette invitation que je sens très précieuse pour moi, qui comme vous connait bien les travers du perfectionnisme.

    Bien cordialement,

    François

  4. Votre vision de la montagne,Marie – Pierre, qui a été la vôtre pendant tant d’années,est à l’opposé de la mienne.
    Plus ma montagne était haute,plus l’objectif était grand,plus je me sentais confiante et que de limites j’ai dépassé:cela décuplait mes capacités et c’est à grandes enjambées que j’avançais!
    Aujourd’hui,c’est une montagne qui me manque,des objectifs à atteindre…la retraite: perte de sens…
    Aussi c’est là que je vous rejoins,les « petits pas » pour vivre cette  » montagne  » qu’est ,pour moi , le quotidien ordinaire,quels pas à vivre pour l’aujourd’hui ,humblement…
    En attendant, ces « petits pas » sont sources du déploiement d’autres capacités:accueillir et donner un sourire,vivre authentique,goûter aux rencontres vraies.Puissent ces petits pas faire fleurir d’autres objectifs,sources de SENS retrouvé!

    Françoise

  5. L’important c’est de faire le pas que j’ai à faire aujourd’hui, sans regarder en arrière celui que j’ai fait ou que j’ai raté par un faux pas, ni inventer celui de demain que je ne connais pas encore. En quelques mots: c’est présent et vivre l’instant présent. Merci Marie-Pierre.
    Brigitte

  6. Merci Marie-Pierre pour ton témoignage. J’aime ce pas à pas. J’aime cette patience basée sur la confiance, confiance dans ce chemin qui nous mène, un peu plus chaque jour, vers nous-même.
    En avançant au pas à pas nous découvrons des faces cachées de nous-même que nous ne connaissions pas. Quelle belle aventure !!! Nadine C.

    1. @ Brigitte
      « L’important c’est de faire le pas que j’ai à faire aujourd’hui », oui
      « sans regarder en arrière celui que j’ai fait » : je suis suis déjà moins d’accord.
      PRH m’a en effet invité parfois à m’arrêter pour regarder le chemin parcouru.
      Et le constater est fort utile et positivement stimulant pour réaliser notre capacité de progression.
      A rester uniquement et toujours dans le seul présent, on peut passer à côté de cette conscience là …

  7. La pédagogie des petits pas, je suis fan et une pratiquante convaincue !! Merci Marie-Pierre ! Ce que j’apprécie c’est de ne pas être seule dans ce pas à pas mais d’être accompagnée !!

  8. Merci Marie Pierre ;
    Mon expérience est différente dans le fait que au départ je suis stimulé pour aller au sommet . Par contre au milieu du chemin je me questionne , Qu’est ce que je fais là , Le chemin est long , est ce que j’ai assez de force pour arriver en haut . La persévérance , le regard sur ce que j’ai déjà fait ,en me retournant pour voir le chemin parcouru , me donne la vigueur pour le redémarrage et repartir vers le sommet . Dés que le sommet apparait , le pas s’accélère , l’envie de vaincre le sommet et être toujours plus haut . le sommet est là . La je savoure la vue , et me rempli du parcours fait ? En lisant ton expérience je remarque que pour moi cela me montre ma maniére de de fonctionner ainsi dans mon chemin intérieur . merci de cet apport .
    Bernard

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