Le réel et mon vécu : ce n’est pas tout à fait la même chose !

Une amie me partage une difficulté récente. A l’entendre, c’est une catastrophe.

Elle me décrit avec précision les peurs qui l’ont envahie, son sentiment d’incapacité pour gérer la situation, sa panique. Je l’écoute avec attention. Elle me parle de ses émotions douloureuses, et moi j’entends aussi qu’elle s’est plutôt bien sortie de l’épreuve. Oui, elle s’est sentie déstabilisée, mais elle a pourtant su affronter le réel, prendre les bonnes décisions et gérer au mieux une situation très compliquée. Les deux lectures sont vraies. Mon amie a vraiment ressenti toutes ces émotions. Son vécu subjectif est bien réel. Mais ma lecture est tout aussi valide ! Je lui partage mon point de vue. Elle est, dans un premier temps, surprise par mon reflet, puis réfléchit… et reconnaît qu’elle a bien géré la situation.

Cet exemple illustre les différents niveaux de lecture que nous pouvons avoir d’une situation. Quand nous vivons quelque chose de difficile, la sensibilité est fortement touchée. Nous pouvons ressentir une palette de sensations et d’émotions douloureuses qui nous envahissent et colorent notre perception de la situation. Accueillir ces sensations et ces émotions est nécessaire. C’est même la première chose à faire quand on se sent mal. Les accueillir, c’est-à-dire leur donner le droit d’être là, leur faire une place dans notre espace intérieur et mettre des mots sur notre ressenti. « Je me suis senti tellement humilié ! » « J’ai eu l’impression que je ne pourrai jamais faire face à cette montagne. Je me suis sentie totalement impuissante ! » Ce premier travail est bénéfique car il nous permet « drainer » notre sensibilité, en laissant s’écouler le trop plein d’émotions, pour revenir dans un lieu plus paisible.

Mais si nous en restons là, nous risquons de passer à côté de l’essentiel, c’est-à-dire de relire la situation difficile sous l’angle de notre croissance. Concrètement, comment ai-je géré cette épreuve ? Au-delà de mes émotions, quelle attitude ai-je adoptée ? Quelles décisions ai-je prises ? Quels actes ai-je posés ? Et pour quels résultats ? Nous avons des ressources importantes que nous mobilisons dans l’adversité. Encore faut-il se poser et refaire le film de l’événement pour s’en rendre compte. Revenir au réel objectif de ce qui s’est passé nous permet de voir.

C’est important car de telles expériences construisent notre confiance en nous. En déchiffrant nos manières de faire, nous construisons une banque de ressources que nous pourrons à nouveau mobiliser dans d’autres situations difficiles.

Ce retour au réel de la situation est parfois difficile à faire seul.e. Souvent, c’est un regard extérieur, plus objectif, qui peut nous refléter ce que nous avons fait de bon. Cela nous invite à oser parler de nos vécus douloureux à des personnes de confiance qui pourront nous aider à prendre du recul. Mais cela peut aussi se faire par soi-même, une fois que la sensibilité est apaisée. Essayez, vous en mesurerez les bénéfices. Et partagez-nous votre expérience en commentaire sur ce blog !

Marie-Pierre Noguès-Ledru, formatrice agréée PRH

5 commentaires sur « Le réel et mon vécu : ce n’est pas tout à fait la même chose ! »

  1. merci beaucoup marie Pierre pour ta description ultra claire et pertinente. J’aime la manière dont tu abordes les 2 niveaux de lecture.

  2. Bonsoir a tous,

    Ce texte me fait penser à ce que j’ai vécu lorsque notre fille aînée à déclenché sa maladie… c’était tellement difficile pour moi que je me suis protégée dans une bulle et je faisais tout en mode robot…sans émotion…Je me suis longtemps culpabilisée car mon mari était seul à gérer l’éducation des 3 autres enfants…et un jour mes enfants m’ont dit  » mais maman tu faisais plein de choses…tu continuais à aller au boulot, tu faisais les courses, à manger, le ménage… finalement avec papa ,vous vous êtes complétez ! »

    Et c’est vrai finalement on a réagi comme on a pu face à cette souffrance…et on s’est complété !

    ChantalVIEILLE

  3. Cet article m’évoque ce qu’en Maïeusthésie, on appelle la métaposition ou encore le désamalgamage en IFS.

    Quand on est amalgamé à une part de soi souffrante, on y est identifié et on exprime cette souffrance sans recul.

    Quand on s’en désamalgame, alors on peut regarder cette souffrance depuis un autre espace en soi, ce que Richard Schwartz (concepteur de l’IFS) a appelé le Self ou, si on le traduit en Français, le Soi : une notion assez proche de ce qu’André Rochais a appelé l’Être.

    Et de cet espace en soi, on peut plus facilement voir d’autres facettes d’une situation éprouvante.

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