Il y a tellement plus malheureux que moi !

« Il y a tellement plus malheureux que moi ! » Quand j’entends cette phrase, un clignotant s’allume dans mon esprit. Mon expérience d’aidante m’alerte sur un système de défense insidieux qui se cache derrière une forme d’humilité.

C’est un système de défense car dire cela nous conduit à l’immobilisme et la passivité. S’il y a plus malheureux que moi, je minimise ce que je vis, je ne prends pas au sérieux ma propre souffrance et je ne me responsabilise pas pour écouter ce qu’elle a à me dire. Et je ne me mets pas en chemin.

Bien sûr, il y a tellement plus malheureux ! Il y a dans le monde, à chaque instant, des êtres humains qui meurent sous des bombes, sous la torture. Il y a des enfants qui sont abusés dans le secret des familles. Il y a des migrants qui se noient dans l’indifférence générale. La souffrance, le malheur sont présents partout et il est essentiel de ne pas les oublier. Mais est-ce une raison valable pour ne pas nous occuper de notre souffrance personnelle ?

Devant les souffrances d’une partie de l’humanité, n’avons-nous pas la responsabilité de nous occuper de la nôtre, pour sortir de nos enfermements et nous donner les moyens de mieux vivre ?

Il y a des malheurs : les guerres, les catastrophes naturelles, face auxquels nous n’avons pas de pouvoir – pas de pouvoir individuel en tous cas. Nous pouvons, en revanche, nous prendre en main pour soigner nos états d’âme, guérir des blessures de notre passé, sortir de situations qui génèrent frustration, ressentiment ou découragement.

Pourquoi est-ce important ? Parce que nous n’avons qu’une vie et que c’est de notre responsabilité d’être humain de ne pas la gâcher. Parce que la souffrance rend égocentrique et nous empêche de nous intéresser aux autres. Parce que la souffrance entraîne la souffrance et que subir notre fardeau personnel a des répercussions mécaniques sur notre entourage : le mal-être est contagieux.

Travailler à apaiser notre histoire, nous donner les moyens pour remettre en marche ce qui a été bloqué ou dévié, nous permettra de devenir plus solides, plus créatifs, plus féconds. Au lieu d’ajouter de la souffrance à la souffrance, nous offrirons des espaces de paix, de lumière et de liberté à ce monde qui en a tant besoin.

Marie-Pierre Noguès-Ledru, formatrice agréée PRH

9 commentaires sur « Il y a tellement plus malheureux que moi ! »

  1. « Parce que la souffrance rend égocentrique et nous empêche de nous intéresser aux autres. »

    Voilà au moins une bonne raison de se pencher sur son vécu et de sortir d’une passivité mortifère …

    La fécondité : un objectif à ne pas oublier, quel que soit son âge.

  2. « Il y a tellement plus malheureux que moi! »

    Quand j’accueille et regarde ce qui me fait souffrir, une » trop grande solitude », je dis très souvent : » il y en a bien d’autres ,tu n’es pas la seule ».Il est vrai que cela ne m’aide pas à avancer,mais cela me donne une sensation de liens, liens de compassion…

    Avancer comme cette randonneuse et découvrir, s’émerveiller, rencontrer…que ne l’ai-je vécu durant tant d’années avec des paliers où l’on ressent que tout s’arrête…puis sentir où aller et redémarrer…

    Je suis sur un nouveau palier de vie et, par choix, même septuagénaire, j’aspire à sortir de ma zone de soi-disant confort pour oser de nouveaux défis. La solitude est grande sur ce palier et pour reprendre les mots « des caractéristiques de la solidité d’être :

    « S’engager dans des voies nouvelles,ce qui éloigne des sentiers battus,fait vivre une nouvelle forme de solitude,où l’on ressent la difficulté d’être rejoint. »

    Je n’ai qu’une vie, et oser la vivre selon mes aspirations ,c’est mon defi à vivre sereinement.

    Merci pour cette photo qui me donne de l’élan et votre article ressourçant.

    Françoise

    .

    1. Merci Françoise de nous partager de manière simple votre vécu, votre solitude et vos aspirations. Oui, nous n’avons qu’une vie, alors autant prendre les moyens d’en faire quelque chose.

  3. Saisissant: la 1ère fois que j’ai lu le titre, j’ai « vu » cette phrase: « Il y a plus malheureux que toi  » drôle de lapsus! En relisant , je me suis rendu compte de mon erreur. Cette phrase que j’ai entendue de nombreuses fois, elle m’a fait mal. En attente/besoin d’écoute bienveillante, de prise en compte de ma douleur, je ne me suis pas sentie accueillie. Donc, je suis vraiment /totalement d’accord avec le texte. Il m’a fallu de longues années pour bien saisir, à l’intérieur de moi, après avoir dépassé une certaine culpabilité, que mon 1er chantier était d’assurer les fondements, sinon, de bonheur, au moins d’un certain apaisement . Condition essentielle pour être à l’écoute de l’autre, peut-être l’aider , si telle est sa demande ? C’est ma posture , celle que j’essaie de vivre.

  4. Ce qui me frappe en lisant cet article c’est la force de vie dont il témoigne par son refus de la résignation à la souffrance que j’apprécie énormément.

    Moi j’entends plutôt cette phrase, comme une invitation à relativiser qui peut aider à sortir de l’enfermement, tout aussi délétère, dans un rôle de victime.

    Et en pensant à ce que j’ai subi enfant, je me questionne sur cette interprétation … Merci d’éveiller ma vigilance.

    1. Vous avez raison François : parfois cette phrase peut nous aider à prendre du recul et c’est alors une bonne chose. Merci de nous avoir apporté cette nuance.

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