Le chevreuil et les deux ânes

Une agitation fébrile dans la forêt striée de rayons de soleil, des hommes en apparats somptueux, fièrement montés sur des chevaux décorés, galopant au son du cor. Une meute de chiens excités lâchés à la poursuite du gibier traqué. La fête est lancée. Elle se déroule dans un bruit choisi pour effrayer la faune, jusqu’à la victoire. Un chevreuil traqué, épuisé, à bout de souffle, finit par rendre les armes qu’il n’a pas et s’abandonne aux chasseurs. Premier capturé et exécuté, il est immédiatement offert en récompense aux chiens qui le déchiquètent et le dévorent avec avidité. Monte alors en moi un profond malaise.

Toujours sur mon écran de télévision, quelques instants plus tard une autre scène. Deux ânes épuisés, frigorifiés, sont

étendus sur de larges civières. Ils sont portés par une équipe d’hommes venus les secourir. De l’eau jusqu’à la taille, ils progressent péniblement vers la terre ferme. L’heure n’est pas à la fête mais à la gravité. Ensemble ils sont mobilisés pour sauver ces deux ânes du déluge, les sortir de ces terres inondées. Les hommes ont délicatement couvert les bêtes d’une large couverture de survie. Mon malaise de tout à l’heure fait place maintenant à une grande émotion faite de tendresse et de révérence devant le geste de ces hommes eux-mêmes victimes des inondations. Je suis saisie au cœur, et ce qui apparaît, c’est l’étonnante grandeur de l’Homme.

Ces 2 scènes successives s’entrechoquent en moi et m’interpellent profondément.

Pas question ici de faire le procès de la chasse à courre. Je n’y connais rien, et je concède que ces hommes partagent peut-être là des valeurs qui m’échappent. Pourtant je me questionne.

Qu’est-ce qui fait la grandeur et la noblesse de notre humanité ?

En quoi consiste notre dignité d’hommes et de femmes ?

Ce qui est certain, c’est que chacun de nos actes nous façonne et dit qui nous sommes profondément. Les gestes que nous posons, la qualité de nos relations que nous entretenons avec les plus petits, les plus vulnérables, disent la hauteur de notre humanisation.

A l’heure de nos combats écologiques, n’est-ce pas justement notre humanisation le véritable enjeu. Le cœur de la personne humaine recèle de tels trésors de bonté, d’amour, de respect, de créativité, autant de ressources essentielles à porter de cœur pour changer notre rapport à la nature et à tout vivant quel qu’il soit. Encore faut-il nous vivre en responsable de ce trésor, aimant, bienveillant et non plus en simple consommateur.

Vivre ensemble ce défi écologique, par amour, tout simplement…

Charlotte Ghestem, formatrice agréée PRH

 

 

 

2 commentaires sur « Le chevreuil et les deux ânes »

  1. Magnifique méditation , Merci Charlotte. Comment écouter nos sensations, pour que s’eveille et se précise notre conscience propre et profonde, et qu’elle nous guide dans nos actes.

  2. Merci Charlotte pour cette belle invitation à devenir de plus en plus humaine à partir de ce trésor que je porte et qui n’appelle qu’à se traduire en actes pour que je vive et que vive le monde.

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