Ma sensation face à l’attentat de Charlie Hebdo

Je suis atterrée. Interloquée. Comment cela peut-il être possible en plein Paris, en France ?

Comment cela peut –il atteindre de joyeux comiques subversifs ? Curieusement, pas plus de sensation d’insécurité que ça. Je sais que les écoles alentours ont été bouclées. Oui, ils auraient pu aussi s’attaquer aux enfants.. mais ce n’était pas leur cible.

Je suis face au choc , à l’incompréhension. Pour leurs familles. Il n’y aura plus le sourire de Cabu, de Wolinski, ceux dont j’aimais retrouver le regard décalé, qui me faisaient sourire. Choc de la disparition.

Je suis face à la réalité de l’homme et de ses limites, quand son humanité n’a plus droit de cité. Quand il n’y a plus d’intelligence, de capacité de recul.. l’autre qui ne pense pas comme moi est l’ennemi à abattre. Il n’y a qu’une vérité, la mienne, ou celle qu’on m’a inculquée… qui devient 1 dogme, dangereux. L’autre , sa liberté , sa liberté de penser, de s’exprimer n’ont plus droit de cité.

Vanité, gratuité, Violence aveugle de personnes conditionnées.

Il y a la sensation d’impuissance. L’intime conviction que rendre coup pour coup ne fera qu’accélérer l’escalade, que renforcer les systèmes de protection laissera toujours une faille à la volonté de détruire, farouche, qui n’a peur de rien puisque la vie n’a plus de valeur… Les policiers chargés pourtant de la protection des journalistes n’ont pas pu faire bouclier, la violence balaie tout..

Et pourtant, nous ne pouvons pas laisser faire. Alors comment agir, à la place qui est la mienne, simple citoyenne ?

Rester dans ma ligne de conduite, et œuvrer pour la paix. Rester vigilante à ne pas exclure, juger, mettre de côté ceux qui ne pensent pas comme nous, ou simplement ceux qui n’ont pas les mêmes origines. Développer mon intelligence pour mieux comprendre ce qui ne m’est a priori pas accessible.

Et en tant que formatrice PRH . Mieux comprendre ce qui conduit les gens à ces actes destructeurs, pour éviter cela, cette destruction des consciences humaines, cette destruction du respect inné de la vie en chacun. Continuer à faire œuvre de pédagogie, pour construire un monde plus juste, plus humain, équiper les personnes à réagir de manière juste. Je comprends profondément que des personnes soient blessées ou au moins dérangées dans leurs valeurs avec les blagues de Charlie Hebdo qui nous « cherchent », qui nous provoquent. .

Mais pourquoi les tuer ? La réaction est disproportionnée. Le titre du livre « s’affirmer, sans tout casser », me semble tellement d’actualité.

Je vous mets également un lien avec un de nos outils de travail « vivre les événements à partir de notre être » pour nous permettre de prendre du recul par rapport à notre sensibilité, à nos idées spontanées, à l’opinion des autres etc…

Anne Tricault, Formatrice agréée PRH

je suis charlie

14 réflexions sur “ Ma sensation face à l’attentat de Charlie Hebdo ”

  1. Je suis bien entendu choqué par ce qui vient de se produire dans notre pays, atterré par la violence destructrice qui a frappé nos concitoyens et à travers leurs métiers, les valeurs de notre démocratie. Comment ne pas l’être?
    Mais j’ai accueilli avec bonheur tant d’expressions partagées depuis, venant de divers horizons (culturels, religieux, politiques, associatifs, pays étrangers…) représentant la diversité des personnalités qui peuplent notre terre.
    Ce bonheur, il a pour moi, ce soir, le goût de l’espérance.
    J’ai vu dans beaucoup de messages d’appels au calme, invitant à l’écoute et à l’accueil d’émotions et de sensations bien évidemment normales, comme une vague de bienveillance déferler sur les gens de bonne volonté pour les encourager à espérer quand-même, et à agir à hauteur de leurs moyens, pour que nos « frères » ne soient pas morts pour rien.
    J’ai entendu des paroles venant du plus profond de l’être des personnes interrogées, qui exprimaient simplement et en vérité, des valeurs qu’une immense majorité des hommes de cette planète partage.
    J’ai été touché par beaucoup d’appels à ce que chacun, athée, agnostique ou vivant d’une spiritualité, écoute la voix de sa conscience face à cet évènement.
    Je décrypte dans toutes les paroles énoncées en profondeur, l’expression d’une multitude de gens de bonne volonté qui veut construire un monde tout simplement plus humain.
    C’est ce que je veux croire aujourd’hui.
    C’est ce que Charlie aimerait que les autres Charlie croient aussi !

  2. Alors comment agir, à la place qui est la mienne… ?
    Pour ma part, je dirai :
    D’abord accueillir le malaise dans lequel m’a laissée ce terrible évènement, tout le malaise (tristesse, lourdeur, impuissance, colère, interrogation…aspiration à la paix).
    Puis partager avec d’autres ce qui nous habite, afin de débusquer ce qui en nous serait, de façon insidieuse, de l’intolérance.
    En venir à la question de la liberté, la vraie, celle qui met dans la paix, et travailler à élargir cet espace en moi, pour qu’il fasse tache d’huile autour de moi.
    Merci, Anne, d’amorcer la réflexion sur ce sujet essentiel, qui concerne chacun(e) d’entre nous.

  3. Merci Anne pour votre partage. J’étais aussi choquée face à ce massacre. Mon être, sa dimension sociale a mal, et est affectée, ainsi que ma fraternité.
    Aussi je me suis sentie toute impuissante, mais une seule voie pour contribuer et qui est similaire à la votre et qui est : rester fidèle à poser mes actes à partir de mes réalités d’être en fidélité à ma conscience profonde et être ouverte en compréhension aux incapacités et limites des autres et surtout leur éviter jugements moraux; une manière indirecte de contribuer à encourager leur humanisation.

  4. Je suis Charlie…
    Et J’aimerais vous dire, aussi, ce que je vois derrière les larmes d’effroi : un immense mouvement de solidarité, une chaine humaine, digne.
    Non, la barbarie n’est pas au coeur de l’homme, mais les valeurs de fraternité et de liberté, qui rassemblent et mettent debout un peuple traumatisé.
    Vous dire encore, sans alarmer, que le temps est grave, très grave, puisque les dieux ont toujours soif, et qu’on continue de massacrer l’homme en leurs noms. Continuons donc de devenir, c’est la prière que je nous adresse, des résistants de la Vie.
    Sylvie Grolleau

  5. Je suis Charlie
    Je voudrais vous partager la sensation de joie et d espérance en voyant et en écoutant a la tele un enfant d une huitaine d années dire que ça c était pas l islam ! Cela me donne l espérance que les générations nouvelles sauront trouver des chemins pour accueillir l autre dans le respect et la confiance

  6. Merci Anne de partager ce réflexe que vous avez et qui fait écho au mien, face aux ratés de notre Monde, celle-là et toutes les autres: continuer de bâtir, en suivant sa propre ligne, sa conscience, son axe profond, envers et contre tout… Solidarité de ce côté-ci de l’Atlantique…

  7. Non je ne suis pas Charlie! liberté d’expression n’est pas la liberté de la provocation!
    Etre juste celle qui tente de faire sa part pour plus de Paix….comme tu le dis Anne et merci, avant tout avec moi même, en moi même! « Déminer » en moi l’in-ajusté, ce qui peut déclencher des gestes, des regards, des paroles, des silences plus ou moins assassins…contribuer à voir en l’autre et à faire lever ce qu’il porte de précieux, la Vie en lui unique et nécessairement porteuse d’un plus d’humanité pour la société…nicole Langlois-Meurinne

  8. Quelques sensations qui m’ont habité ces jours derniers…
    Une immense tristesse devant la barbarie et l’injustice, de l’effroi même…
    Un émerveillement et une reconnaissance devant tant de paroles justes et dignes au fil de ces jours…
    De l’émerveillement et de la gratitude devant le courage et le professionnalisme des forces de l’ordre en ces jours…
    Un bien-être et un soulagement devant une classe politique qui, dans sa très grande majorité, a fait preuve en ces jours de dignité et de hauteur de vue… Puisse-t-elle rester fidèle à l’esprit de ces jours derniers, et sortir de ces combats politiciens qui instrumentalisent les valeurs et font trop souvent passer l’ambition individuelle avant le service de l’intérêt général…
    De l’espoir devant tous ces anonymes qui ont défilé : il y a des valeurs qui nous sont communes, et qui sont plus fortes que les différences légitimes de croyances, de cultures, d’opinions… Puissions-nous continuer de cultiver ces valeurs de respect, de fraternité, de solidarité, qui nous habitent tous. Puissions-nous apprendre à vivre de plus en plus à partir d’elles !

    Et je vous partage comment j’ai résolu le cas de conscience que me posait le slogan « je suis Charlie »… Pour ma part, je ne partage pas le goût de la provocation de certains dessinateurs, même si j’aime l’humour, la liberté, l’irrévérence : faut-il être « bête et méchant » pour autant ? Je le ressentais parfois comme un excès qui ne respectait pas l’autre, qui heurtait, qui pouvait être ressenti comme une agression et pouvait entraîner une réaction de violence vécue comme un mouvement de défense. Me sont revenus des mots de Raymond Devos, qui voyait l’humour comme un genre à manier avec précaution, parce qu’il est une « dégradation de valeurs », et qu’on ne peut pas rire de tout, disait-il. Pour autant, la liberté d’expression est fondamentale, inaliénable. Et ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord, ni même parce que je suis heurté par certains propos, que je ne dois pas respecter l’autre, et encore moins lever la main sur lui. Alors, « je suis Charlie », je le comprends comme d’autres phrases vues dans les manifestations : « je suis policier », « je suis juif ». Je suis avec ceux que l’on a tué. En les agressant, c’est aussi moi que l’on a agressé, touché au coeur, dans mes valeurs les plus essentielles d’humanité, de fraternité, de respect, de liberté. Et je suis avec tous ceux qui défendront la liberté de penser et de s’exprimer.

  9. Aterrée, choquée, très très triste, je l’étais aussi et puis il y a eu la marche… dans Lille… ce samedi… ce n’était pas une foule, c’était un peuple qui marchait, pour la liberté d’expression, pour la liberté de conscience, de pensée, de réflexion etc, je ne peux décliner les motivations de chacun… une courte vague de joie m’a saisie, sortant du bus, voyant tous ces hommes , ces femmes, ces enfants, debout, calmes, graves, présents, en marche… samedi et dimanche, il s’est vraiment passé quelque chose qui a laissé s’exprimer l’essentiel du coeur de toutes ces personnes et après dans toute la France, tout le monde… c’était magnifique d’humanité.
    Béatrice

  10. Ton message me parle, Anne.
    Je me sens invitée à toujours garder le fil de ma conscience profonde, et oeuvrer pour que les personnes autour de moi s’éveillent à cette réalité qui est la barrière la plus solide contre toutes les tentations qui nous détournent de notre humanité. Comment aider les personnes à découvrir et faire grandir ce lieu en eux ? c’est un sacré défi pour notre monde..

  11. Profondément choqués et attristés par ce que s’est passé à Paris et aussi émus par la solidarité qui se vit dans votre pays et dans le monde, nous tienons à vous exprimer notre proximité et notre affection. Que notre amour de l’humain et de l’humanité nous soutienne pour être, ensemble, des témoins de la bienveillance et du respect de toute personne, de toute culture et de toute opinion.
    Les formateurs de PRH Suisse

  12. Merci Anne, au moins pour trois raisons :
    1) tu oses un partage personnel, vraiement authentique, ce qui ouvre la porte à d’autres nombreux partages comme on le voit. C’est une façon de nous relier les uns aux autres et tous ces lieux de partage sont en ce moment essentiels
    2) tu te poses une question elle aussi essentielle : et moi ? où en suis-je ? à quoi suis-je invité(e) ? en quoi est-ce que je m’engage pour l’humanisation de notre société ?
    3) tu as l’excellente initiative de nous envoyer ce mini-outil, qui nous invite à prendre du recul pour recevoir, accueillir et réagir au niveau de notre être. C’est seulement là que nous ne nous trompons pas et que nous pouvons rester UNIS.
    Merci encore,

  13. Chers amis blogueurs
    ce répondant entre nous me touche profondément. je vis cette expérience que
    aucun acte n’est neutre, que ce soit un geste, une action, une prise de parole. C’est là que je ressens à quel point un acte individuel, posé à partir de l’écoute de sa conscience profonde, tel un article ou une réaction sur ce blog, qui pourrait n’être qu’une goutte d’eau dérisoire à l’échelle de l’événement qui vient de se passer , peut en fait rejoindre d’autres gouttes d’eau..Comme dans l’histoire du colibri qui s’active avec sa minuscule goutte d’eau contre un incendie, histoire joliment racontée par Pierre Rabhi entre autres . Mises bout à bout, chacune de ces gouttes rassemblées ont fait l’ampleur de l’engagement dans cette marche digne, samedi et dimanche dernier, Cette façon de se mettre debout, chacun , et ensemble, et libres. Personne n’était obligé. Chacun pouvait rester chez lui. Alors, je vois concrètement qu’un mouvement d’existence que j’engage personnellement, ne concerne pas que moi, il peut aller au delà, permettre une circulation, une ouverture. Cela me sort de la sensation d’impuissance que je vous partageais précédemment. ça me motive à exister. C’est pas que pour moi ! Exister, c’est pas que pour moi. Mais c’est votre écho qui le dit.
    Oui, c’est par là que nous sommes reliés, profondément, et c’est là que je vois la force de reliance entre les consciences, entre les êtres , à partir du moment où nous nous situons dans un lieu de profondeur , de vérité, d’existence, et dans la relation.
    Cela me fait revenir à cette parole d’Hannah Arendt « ce qui tient les hommes dans la cité, ce n’est pas le rapport de forces, mais le besoin que j’ai des autres pour savoir qui je suis et constituer un monde avec eux ». Merci.

  14. Je suis touchée, émue de voir toutes ces belles réactions. Je partage la mienne qui rejoins tant d’autres. . « Ca va mieux en l’écrivant ! » C’est tellement vrai.

    Ces attentats m’ont laissée à la fois dépitée et triste et heureuse. Dépitée et triste de voir l’horreur de notre humanité dans les attentats. Heureuse parce que pleine de gratitude de voir le meilleur de l’humanité dans les rassemblements.

    Ce contraste me saisit et me fait me retrouver, là, dans un endroit d’espoir que chacun de nous prenne conscience de sa liberté personnelle et des responsabilités qui vont avec.

    Si le changement est « maintenant » je prends une fois de plus la pleine mesure de à quel point cela commence par moi. Chacun peut se saisir de ces évènements pour décider pour lui-même comment il choisit d’utiliser sa prise de responsabilités pour une plus grande liberté.

    Si les politiques doivent décider de ce qui serait mieux et qui empêcherait de répéter l’histoire, l’individu – au titre de l’individualisme peut aussi, seul, choisir de poser des actes qui, à leur petit niveau (soi, sa famille, son travail…) vont être autant de preuves ou de signes d’un engagement personnel à la paix, la tolérance, à la fraternité et à la liberté. (quatre millions, ça peut faire beaucoup !)

    Je sens le poids de ma responsabilité pour exercer ma liberté. Je goute à ma liberté d’exercer mes responsabilités, mes engagements vers mes valeurs dans mon quotidien. Parce que c’est cela qui me renforce et qui fait du bien aux autres par contamination positive.

    Je vais choisir de porter mon regard vers « ce qui va » pour faire en sorte que mon empathie, le bonheur que j’ai à la vivre, et l’amour que j’ai de la diversité, déteignent sur mon environnement, lequel je l’espère déteindra à son tour. Je crois et veux croire en une contamination positive…. surtout si elle évite de répéter l’Histoire.

    Oui, je crois que ce qu’on engage pour soi engage aussi les autres.

    Stéphanie Schulmann

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