Rencontre avec le Docteur Gérard Leleu, auteur de « Sexualité, la voie sacrée »

Auteur de nombreux ouvrages de référence sur la sexualité et le couple, le Docteur Gérard Leleu aborde dans son livre « Sexualité, la voie sacrée », une autre dimension de la relation sexuelle : celle de la transcendance.

Explorant l’histoire de la sexualité à travers les grandes civilisations et religions, il propose de « resacraliser » l’amour, de lui donner un sens qui ouvre un chemin vers un nouvel équilibre entre hommes et femmes. En décembre 2011, la Lettre PRH le rencontrait.

■ Pourquoi avoir voulu analyser le lien entre sexualité et spiritualité ?

« Parce que ce lien, ou plutôt son absence, explique l’état catastrophique de la sexualité en Occident aujourd’hui. Depuis 50 ans, nos sociétés se sont libérées de la notion de « péché de chair », mais sans pour autant lier la sexualité à une dimension spirituelle. Il y a donc un vide de sens. Or la société ayant horreur du vide, la sexualité est tombée dans le quantitatif, le porno ».

■ Comment se fait-il que nous n’ayons pas réussi à transformer la notion de péché de façon positive ?

« C’est au cœur du problème. Nous n’avons pas bénéficié de la tradition érotique de l’orient, dont les « traités de la chambre à coucher » établissaient le sacré de la sexualité. Au contraire, nos ancêtres romains et grecs faisaient de la femme un être inférieur et considéraient certaines pratiques sexuelles comme dégradantes, par pure misogynie. Puis les mœurs de Rome ont suscité, par réaction, un retour du stoïcisme, qui a constitué une base influente du christianisme.

Pour les premiers chrétiens, l’important était de préparer l’âme au retour glorieux du Christ. Le corps est alors vu comme un empêchement majeur, en particulier la sexualité. Bien qu’elle ne soit pas fondée – car Jésus ne dit rien contre la sexualité, ni contre la femme – cette vision s’est reconduite de siècle en siècle, malgré quelques tentatives de réhabiliter le plaisir comme étant humain et compatible avec la foi chrétienne.

La conséquence, c’est que si aujourd’hui on s’autorise le plaisir, c’est nécessairement hors de cet héritage culturel. Et donc hors de nos repères habituels. »

Qu’engendre cette perte de sens ?

« Elle est dramatique, en particulier pour les jeunes, car elle entraîne une sexualité basée sur la mécanisation des corps, la chosification de l’autre et du corps de la femme. Le but de l’acte sexuel devient uniquement la quantité de plaisir. D’où une recherche toujours croissante d’excitation : techniques hard, accessoires, échangisme… D’où aussi la multiplication des divorces après quelques années de vie commune. Il n’y a plus de lien avec les sentiments. C’est dévastateur !

Au bout du compte les êtres sont saturés, blasés, désespérés. Ils abandonnent tout idéal, toute sensibilité. Je crois que l’état actuel de dépression de l’Occident n’est pas seulement économique, il est lié à cette perte de sens de la relation intime. »

Est-ce que ça n’est pas en train de changer un peu ?

« Oui, on sent bien que l’humanité est en suspens, en recherche de quelque chose d’autre. C’est pour l’instant une démarche individuelle. Les gens font un travail personnel, par besoin de trouver un autre sens et d’approfondir d’abord ce qu’il y a en eux. Qu’il s’agisse de sexualité ou d’autres domaines, cela prouve au moins qu’il y a une recherche ».

Que peut-on proposer pour avancer ?

« D’abord, d’humaniser la sexualité. Cela implique de reconsidérer l’acte sexuel dans sa finalité : c’est une relation, un moyen de communiquer, de dire son affection, de chérir l’autre, de l’apaiser, le complimenter…

Encore faut-il construire cette relation avec un sujet. La sexualité actuelle déçoit parce qu’elle fait de l’autre un objet. Si je reconsidère l’autre comme un être, avec une sensibilité, un cœur, des rêves, des espoirs, un idéal, mais aussi des peurs, des blessures… bref, une conscience et une âme, cela devient tout à fait différent ».

En quoi est-ce un chemin vers la spiritualité ?

« Parce que considérée ainsi, la relation sexuelle devient un chemin initiatique, un chemin d’agrandissement du cœur et d’élévation de la conscience, qui fait de vous un être conscient, acteur et responsable de ce qu’il vit. C’est un chemin que tout être humain devrait emprunter pour donner un sens à sa vie !

Or quelle que soit notre histoire, notre culture, cet élan vers une relation qui nous élève, qui comporte une dimension supérieure, fait profondément partie de notre chair et de notre psychisme. C’est pourquoi la sexualité peut nous relier à notre part divine, ce que Jung appelait notre part de lumière. La spiritualité, c’est ce qui donne un sens et un but à la vie. Nous sommes loin de l’ésotérisme !»

2 commentaires sur « Rencontre avec le Docteur Gérard Leleu, auteur de « Sexualité, la voie sacrée » »

  1. C’est merveilleux de lire la simplicité et la justesse avec laquelle les choses sont dites dans ce dialogue. Redonner à la dimension sexuelle toute sa place au sein d’une relation saine qui construit, élève les esprits, honore le coeur et chéri la chair pour ce qu’elle est: le réceptacle de notre âme, nos sentiments, de notre vie…sacrée!

  2. Merci de partager de nouveau cet échange avec le Docteur Leleu, l’analyse du lien entre sexualité et spiritualité est si éclairant …

Laisser un commentaire