Rencontre avec Jacques Grellier, du mouvement Amitié Espérance 

Le mouvement Amitié Espérance propose un espace d’accueil et de partage aux personnes en souffrance psychique. Jacques Grellier, qui en a été président pendant douze ans, nous en parle.

Le blog de PRH : Pourriez-vous vous présenter ?

Jacques Grellier : Je suis un ligérien (habitant du pays de la Loire) depuis ma naissance, j’ai 73 ans. J’ai trois enfants et trois petits-enfants. J’habite à Tours. J’ai fait toute ma carrière dans le social, d’abord comme éducateur spécialisé pendant 15 ans, avec une expérience dans le monde de la psychiatrie avant de devenir formateur à l’école d’éducateurs de Tours pendant 25 ans.

Je me suis construit à partir de mon rêve d’enfant qui était de créer des lieux de vie et de rencontre. Avant d’entrer au collège, j’étais déjà un petit animateur de quartier.

Avec ma femme, qui était assistante maternelle, nous avons créé un lieu d’accueil et de vie pour des jeunes en difficultés et des étrangers.

Aujourd’hui, avec ma compagne qui est thérapeute familiale, nous continuons d’accompagner des familles, des parents, autour d’une association « Pères et Mères en croissance » qui a plus de 25 ans d’existence.

J’ai été président du mouvement Amitié Espérance depuis ma retraite en 2012 jusqu’à 2024. Je suis maintenant à l’Equipe de Gouvernance Collégiale en mission de la formation.

Le blog de PRH : Le mouvement Amitié Espérance, qu’est-ce que c’est ?

Jacques Grellier : Amitié Espérance ce sont des groupes de partage qui offrent une présence fraternelle aux personnes éprouvées par la souffrance psychique.

Ce Mouvement est la réponse à un cri lancé en 1978 à Lourdes par les personnes en souffrance psychique : « Nous avons besoin de cette dimension spirituelle, de cette lumière, de cette espérance ». Le fondateur, Frère Louis-Joseph Miniou a entendu ce cri. Sa réponse a été de créer des petits groupes de partage et d’entraide.

« L’amitié, la rencontre, le partage, l’entraide, la solidarité et l’espérance, c’est la réponse à l’une des formes de pauvreté qui affecte le plus la personnalité humaine ». Aujourd’hui Amitié Espérance propose un compagnonnage fraternel qui invite à cheminer vers le meilleur de soi ; être un point d’appui pour les autres et les autres pour soi et vivre de l’Esprit du Christ à l’œuvre en eux et en moi.

Amitié Espérance est une association loi 1901, donc engagée pleinement dans la société et un mouvement d’Eglise avec des statuts canoniques qui nous engagent tout aussi pleinement dans l’Eglise au sein de la Pastorale de la santé.

Un groupe Amitié Espérance, c’est d’abord des personnes qui désirent cheminer ensemble en partageant leur expérience de Vie, une fois par mois. On ne parle pas de malade, il n’y a ni thérapeute ni soignant. Le regard est porté sur la personne.

L’objectif est simplement de vivre le compagnonnage, partager son vécu, son expérience. Nous parlons d’ensemencement mutuel. Quand je partage, je permets aux autres de se nourrir, quand j’écoute le partage des autres, je suis nourri.

Amitié Espérance c’est un NOUS-ENSEMBLE pour que chacun puisse trouver « sa place » dans le monde d’aujourd’hui.

Le blog de PRH : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager dans ce mouvement ?

Jacques Grellier : En 2003, Eliane Ménard, alors présidente du mouvement Amitié Espérance et formatrice PRH, m’a appelé pour mettre en place la formation des bénévoles. Nous nous connaissions du fait de mon engagement dans la formation PRH dans les années 70 au moment où elle avait développé l’accompagnement régional PRH. J’ai accepté.

En 2009 je suis devenu responsable de la totalité du programme de formation et en 2012 j’ai accepté la présidence du mouvement. Jamais je n’avais envisagé cela, je ne me sentais pas du tout à la hauteur mais l’enjeu, et surtout une fidélité à moi-même, m’a fait dire oui.

Le blog de PRH : Y avez-vous vécu des expériences importantes ?

Jacques Grellier : Je suis témoin des petits miracles de la vie, souvent dans de toutes petites choses.

Je pense à une personne qui à chaque fois arrive au groupe de partage avec beaucoup de résistance : « J’en ai marre, je ne sais pas pourquoi je viens ». Et cette personne repart toujours avec le sourire. C’est cela, Amitié Espérance : faire l’expérience de la Vie !

Je pense à un autre participant qui a fréquenté mon groupe pendant dix ans, après un internement pour délires mystiques. Il arrivait blessé par une psychiatrisation lourde. Pendant cinq ans il n’a jamais abordé la question de sa dimension spirituelle. Et un jour que nous partagions sur une phrase de Christian Bobin il nous dit : « Oui j’étais un grand prophète ». Puis : « Non je n’étais pas un grand prophète, je suis un petit prophète ». Et enfin : « Non je ne suis ni un grand prophète, ni un petit prophète, je suis juste un homme de Dieu ». Son cheminement témoigne de la force et du climat des groupes de partage et de ce que ça peut engendrer comme évolution, comme pas de croissance !

Le blog de PRH : Est-ce que votre formation PRH a joué un rôle dans votre histoire avec Amitié Espérance ?

Jacques Grellier : L’impact de PRH dans mon histoire avec Amitié Espérance est une évidence. J’ai rencontré PRH en 1978 ; j’étais passionné par cet outil de formation pour la construction de l’être humain, j’ai suivi toutes les formations possibles de l’époque.

Grâce à PRH, j’ai pris conscience de mon « agir essentiel » pour accompagner la croissance des personnes et des groupes, pour animer, former et créer des outils. Ce sont ces compétences que j’ai développées et que je mets au service d’Amitié Espérance.

Ce qui me fait dire aujourd’hui que la mission d’Amitié Espérance est un prolongement de PRH, c’est une réponse inspirée de la psychopédagogie de la croissance pour les personnes en souffrance psychique. La grille de lecture de l’homme en croissance est un point d’appui pour nous parmi d’autres. Le projet fondateur de départ d’Amitié Espérance avait des connivences avec la psychopédagogie de PRH. Avec Eliane nous n’avons fait que révéler et amplifier ces convergences, chacun dans son domaine singulier.

Témoignage recueilli par Marie-Odile Lortz, collaboratrice PRH

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