Nous devenons ce que nous donnons librement…

Habitée par le désir d’éveiller mes enfants au sens du service, il y a quelque temps, je fis une expérience apparemment banale mais qui pourtant faillit me décourager. Au lieu du découragement, il s’est passé tout autre chose.…

En effet, tandis que je sollicitais l’un de mes enfants, puis un autre, face au refus du premier à venir mettre le couvert, avec un « s’il te plait » en bonne et due forme, je reçus ce jour là pour toute réponse à peu près ceci : « Mais non ! Mais pourquoi moi ! Je l’ai fait la dernière fois…etc.».

J’avoue avoir eu tout d’abord cette pensée : «  A quoi bon me battre ! Ce serait tellement plus simple que je le fasse moi-même, vite fait, bien fait ». Mais en écoutant un peu plus loin en moi, j’ai réalisé qu’effectivement, cette manière de faire avait toutes les chances de nous conduire dans une impasse relationnelle, voire dans un rapport de force stérile et insatisfaisant.

Ce jour-là, écoutant mon intuition, j’ai choisi de changer de manière assez radicale ma position. Désormais, je lâche mes attentes pour vivre concrètement la confiance envers mes enfants, en ce qu’ils peuvent donner. Depuis, j’annonce mes besoins d’aide en cuisine, ou autres, et je laisse chacun vraiment libre de se situer et de choisir ce qu’il sent avoir à faire ou pas. Je n’attends plus rien de particulier si ce n’est que chacun se mette face à ses responsabilités  devant la réalité des besoins de la maison. Et à mon grand étonnement, le miracle s’est produit !

Young Boy Loading DishwasherA mon interpellation : « Les enfants, j’ai besoin d’aide pour la table et le lave- vaisselle… », je reçois comme réponse des uns ou des autres : « j’arrive ! » ou bien « si ça peut attendre 5 mn j’arrive dans 5 mn », ou bien parfois « Non, là je ne peux pas, je suis à autre chose ». Dans ce dernier cas je me rends sans difficulté puisque je n’attends plus rien en particulier, et je me débrouille seule, sans plus de commentaire, ni jugement….

Cette nouvelle attitude intérieure et manière de faire me procurent un sentiment de grande liberté et de légèreté ! La confiance que je manifeste ainsi à mes enfants en leur capacité à faire leurs choix de manière juste produit son effet. Depuis, je remarque chez eux une implication plus naturelle et efficace aux tâches de la maison, et en même temps une capacité croissante à se situer librement, sans pression, sans se comparer et ce dans tous les domaines de leur vie. Ils apprennent à décider en conscience ce qui est juste pour leur croissance, et chacun occupe sa place en fonction de ce qu’il choisit de donner.

Bien entendu, rien d’idéal dans tout cela, loin de là ! Les frottements entre nous ne manquent pas et font parfois même de belles étincelles ! Mais je n’ai jamais manqué d’aide quand j’en avais vraiment besoin.

Les fruits de cette expérience sont suffisamment riches pour que je m’y arrête. J’ai le goût de vous en partager quelques-uns :

  • Cette expérience m’a fait progresser dans ma capacité à faire réellement confiance, en acte, et à respecter le rythme et la liberté de don de chacun.
  • Je vis moi-même une plus grande liberté intérieure. Et je veille attentivement à ce que chacun demeure libre de donner ce qu’il sent avoir à donner, car je vois combien nous devenons ce que nous donnons librement. L’acte posé à partir du meilleur de soi, librement, a du sens, car il fait grandir à la fois nos potentialités et notre capacité d’amour gratuit.
  • Chef cuisineOui, la liberté du don libère notre capacité à aimer gratuitement et à nous donner. Elle révèle des trésors d’humanité inouïs dès le plus jeune âge !

Ainsi, ce n’est plus tant l’acte en lui-même qui compte mais la liberté que chacun y engage. Des richesses de générosité, de solidarité, de dons particuliers, d’efficacité apparaissent ainsi avec la couleur propre à chacun, dans des tonalités uniques et complémentaires.

  • Un autre fruit délicieux a mûri de cette expérience, c’est celui de la gratitude.

En effet, avec la liberté du don apparaît tout naturellement la joie de donner, celle de recevoir et un espace devient possible entre nous pour que naisse la gratitude.

coeurCette précieuse capacité de gratitude présente en toute personne ne peut se déployer vraiment que dans la liberté du don. Et la gratitude est elle-même source d’une telle joie !

Charlotte Ghestem, Formatrice agréée PRH

Pour aller plus loin avec des stages PRH :

« Aider mes enfants à grandir »

« Qui suis-je »

« Aimer et me laisser aimer »

« Entraînement à la prise de décision »

9 réflexions sur “ Nous devenons ce que nous donnons librement… ”

  1. En lisant ce texte, il me vient qu’il m’est très agréable de sentir une personne chercher, se poser des questions sur le comment, sur le pourquoi. Je vois , dans ce texte de la sérénité.
    Nous devenons ce que nous donnons, librement…. Très belle synthèse à méditer… Je comprends dans ces lignes qu’en donnant, je deviens ce que j’offre… Merci !!!!

  2. Merci pour ce beau partage qui illustre à merveille la conviction de Marshall Rosenberg, (élève puis collaborateur de Carl Rogers dont s’est inspiré André Rochais, à l’origine de la communication non violente) : chaque être humain est naturellement enclin à contribuer aux bien-être de son prochain, pour peu qu’on respecte ses propres besoins, notamment le besoin, fondamental, de liberté.
    Bien cordialement,

  3. Bonjour,

    Je suis tout à fait d’accord avec ce qui est dit dans cet article!

    Mais en lisant, il y avait un moi une voix qui me disait « Mais tout de même, si on ne peut plus dire aux enfants ce qu’ils doivent faire! », ou encore « Il est tout à fait normal que les parents donnent des tâches aux enfants, c’est comme ça qu’ils apprennent! ». Puis: « Quand j’étais petit, mes parents me disaient quoi faire et c’était normal »…

    Mais en fait non. En y réfléchissant bien, quand mes parents me donnaient des corvées, j’était très ennuyé, je n’avais pas d’énergie, j’en faisais le moins possible, et souvent mes parents devaient me réprimander parce que c’était trop long ou pas assez bien fait. Mais surtout: je n’étais pas dans la vie. Je ne me sentais pas faire partie de la famille, je ne me sentais pas libre. Je me sentais presque puni…

    Je pense qu’une approche comme celle qui est proposée dans cet article aide les enfants à se responsabiliser, tout en les laissant libres, et favorise la cohésion familiale. Je suis sûr qu’à terme, les enfants vont avoir envie de prendre des initiaties et de mettre le couvert ou vider le lave-vaisselle d’eux-mêmes.

    C’est incroyable qu’il y ait tant de résistance à changer! J’ai moi-même souffert d’avoir reçu des « ordres » de mes parents, étant petit, et me voilà aujourd’hui à penser que c’est normal de donner des ordres à des enfants! Je me rends compte que j’ai parfois tendance, sans le savoir, à répéter les choses négatives que j’ai reçues dans mon enfance. Peut-être que c’est parce que je ne sais pas comment faire autrement.

    Merci Charlotte, et PRH, de me faire réaliser ces choses, et de m’aider à changer!

  4. Merci Charlotte pour ce témoignage qui me rejoint en profondeur et me m’invite à aller plus loin consciemment dans ce que je vivais déjà un peu intuitivement ( à l’école, en famille ou dans toute autre relation ).
    Ce qui me parle fort c’est que je pars de moi, de mon besoin que j’exprime en laissant pleine liberté à l’autre pour la réponse et là je pense aussi à des relations entre adultes notamment au sein de mon couple; de laisser l’autre libre face à mon besoin me donne déjà la liberté de demander et me donne d’accueillir sa réponse sans jugement; la relation demeure et n’est pas altérée par des attentes pesantes …
    Et oui je crois profondément que les enfants ont également besoin de cet espace de liberté dans une demande qui leur est faite pour qu’ils puissent grandir dans l’estime d’eux mêmes, dans leur capacité à se respecter et à s’écouter …

  5. Je suis touchée et secouée par ton article Charlotte. je sens profondément que tu es dans le vrai. Mais quelque chose en moi résiste. je crois que c’est ma capacité à lâcher complètement mes attentes sur mes enfants pour qu’ils puissent se positionner vraiment en liberté.
    Je leur ai parlé de l’article hier soir et leur ai demandé ce qu’ils en pensaient. ils sont partants pour tenter l’expérience. On va essayer dès ce soir… je vais tout faire pour parvenir à rester dans le lâcher prise. c’est une belle expérience en tous cas!

  6. L’ensemble de ce que tu écris Charlotte me rejoint dans mon quotidien et dans mes aspirations de mère ! Je suis particulièrement rejointe par le fait que ce n’est pas tant l’acte qui compte, mais la manière dont les uns et les autres vont pouvoir prendre leur place en ayant pu accueillir en eux le besoin, et en ayant écouté en eux leur conscience profonde. C’est une clé de compréhension du passage de « l’ordre » venu « d’en haut », à la vie, venue de l’être (comme le dit Jérémie) qui se dit sous la forme de l’accueil, de la souplesse, de l’espace pour chacun et ensemble. Merci

  7. Merci Charlotte pour ce partage!
    Plein de concret du quotidien, et de comment partir de ce réel pour se positionner différemment, et en cueillir les fruits en en prenant le temps.
    En moi se dégage un préalable fondamental: quitter mes propres attentes, et aussi changer de regard.

  8. Parti quelque jours en famille, je retrouve les nouveaux commentaires qui se sont ajoutés à cet article et je me sens réjoui en rempli d’espérance pour tous les enfants qui bénéficieront des changements qu’il aura inspirés.

    Je pense en particulier à ceux de Marie-Pierre à qui je souhaite plein de courage dans ses expérimentations, car il en faut pour oser la confiance sans retomber dans les vieux fonctionnements connus.

    Et puis en lisant, Jérémie écrire « Je suis sûr qu’à terme, les enfants vont avoir envie de prendre des initiatives et de mettre le couvert ou vider le lave-vaisselle d’eux-mêmes. », me viens l’envie de témoigner que mon fils de trois et demi est vraiment heureux de contribuer à faire les courses, cuisiner, mettre la table ou la débarrasser …
    Ce soir encore en rentrant des courses, il me dit, tout joyeux à la perspective d’aider à la cuisine « et maintenant chacun va travailler » !

    Oui, vous pouvez compter sur l’élan de vie des enfants, oser faire confiance dans leur générosité et leur plaisir spontanés à contribuer au bien-être de leurs proches. Je partage cette conviction que là est la nature véritable de l’être humain.

    Merci à chacun et chacune pour les pas fait que vous ferez dans cette direction. Bien chaleureusement,

    François

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